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Whiskey et biscuits [Pv.Troy]

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Ven 26 Mai - 1:22
WHISKEY AND BISCUITS


OST | Bleach #11 Here To Stay :
 

Ses cheveux se perdent sur mon épaule. Le vent nous prend la main, joue avec nos effigies de plomb ; il nous colle l'un contre l'autre lors d'un baiser langoureux, son imagination enfantine prenant le pas sur notre danse. Un frisson me parcourt l'échine. Mes bras se hérissent, réagissent au contact de leurs partenaires. Je fixe l'horizon, imagine les œillades indiscrètes de Caoimhe. J'imagine ses yeux verts me dévisager du menton au scalp. J'imagine sa lèvre mordillée alors que je ne peux la surprendre.

J'imagine de ne pas être le seul à brûler mon envie par les deux bouts. J'imagine sa compagnie dans cette transe sadique. J'imagine son étreinte alors qu'elle pose sa tête contre mon épaule. J'imagine son souffle caresser ma peau frileuse. J'imagine les étoiles changer leur ordre cosmique pour complimenter la beauté de notre couple. J'imagine un vol d'oiseaux chanter une sérénade en notre honneur. J'imagine...

J'imagine beaucoup de choses.

Mais le temps reprend son cours, et je me surprends d'écouter Caoimhe comme si la vie de mon frère en dépendait. Sa réponse a un arrière-goût de déjà-entendu. Deux sœurs, deux frères ? Se pourrait-il qu'elle m'ait déjà offert ce fragment de complicité ? Les instruments bruyants du Guinness se désaccordent ; je me remémore cette nuit d'échecs où où nous sommes rencontrés. Je lui avais parlé de John. Et elle, de...

Je fais taire l'adolescent en moi désirant une relation parfaite. Des hauts et des bas parsèment nos routes ; et tout chauffeur amoureux apprend à s'en servir pour accélérer et ralentir le rythme de leur voyage, aux moments où le cœur l'exige.

Oui, j'ai oublié ce qu'elle m'avait partagé dans ce bar entre deux gorgées d'alcool. Est-ce que cela fait de ma question une maladresse gravée dans le marbre ?

Ferme-la, Troy. Tu sur-analyses bien trop ces échanges.

C’est beau ces fleurs dans l’eau … c’est quoi à ton avis ? Une fête ?

Je m'autorise un coup d’œil sur ses lèvres. Les Hibiscus se reflèteraient presque sur la prunelle de ses yeux. Son admiration pour le panorama m'inspire ; je contemple le spectacle indirectement, les battements de mon cœur en guise de percussions de rue.

Mon corps me hurle de lui sauter dessus. Là. Tout de suite. Contre la rambarde, ou sur la route pavée à l'inconfort olympique. Mon cerveau me hurle à lui prendre la main, gentiment, une phalange après l'autre, telle une araignée sur sa toile de soie. Mais rien ne me convainc de surmonter ma stase. Je me contente... d'imaginer.

Désolée si ma question est stupide, je voyage en ne prenant que peu d’infos sur les villes que je visite, je préfère découvrir sur place un peu. Apprendre hors des bouquins… et le mieux est encore de demander à quelqu’un du coin !

Elle illustre sa phrase d'un coup de coude amical. Une décharge électrique me traverse le bras, me fais sauter un battement de cœur. Je lui rends son geste, un sourire innocent sur les lèvres. Prétextant de jouer le jeu de la naïveté pour m'approcher des trois coups de marteaux – celui où les comédiens enlèvent leurs masques.

Une ultime fête, dis-je en hochant la tête, le ton intimiste.

J'approche ma main des bras de Caoimhe. Mes doigts s'aventurent sur son coude. En douceur. Ils tâtonnent. Un frisson après l'autre. Effleurent sa peau. Innocents...

... Les villageois ont pour coutume de déposer un Hibiscus en hommage à leurs défunts. D'abord le jour de la cérémonie ; puis chaque année, pour leur anniversaire d'après-vie. Quand vient la nuit des mots, Port-Mirage recouvre les océans de ces offrandes. On y rajoute même des bougies, pour guider les esprits de feu nos parents, amis, enfants. C'est grandiose. Et le reste du temps... il y a ça. Ces messages visibles depuis l'espace. Ces compliments à ciel ouvert. Ces « je t'aime » nostalgiques.

Mes yeux s'accrochent à mes doigts, à son coude. Elle croise mon regard coupable. Je ne peux plus fuir. L'un doit faire un pas en avant pour que l'autre brise et achève la glace. Mais qui serais-je pour risquer la cassure de ce fragile romantisme ?

Je la regarde. Regarde son épaule. Regarde ses lèvres. Je m'approche. Approche mon épaule. Approche mes lèvres. Le temps se fige autour de moi. Mes tympans bourdonnent. Ma gorge s'assèche. Mes doigts s'ancrent à son coude. Je m'avance. La contemple. Profite de ce moment de flottement où tout peut arriver. De la consécration de la plus belle histoire à l'eau de rose au dénouement d'une pièce de théâtre tragique. Un flux de possibilités m'assaillit l'esprit. Je m'imagine...

Je nous imagine.

Caoimhe, je voulais te dire...

Mon portable sonne.

OST | MARILYN MANSON - THIRD DAY OF A SEVEN DAY BINGE  :
 

Non.

S'il te plait.

Tout sauf ça.

Pas maintenant.

Je déloge l'appareil de ma poche, grimace face au nom affiché sur l'écran. La sonnerie m'a déjà vendu la mèche sur l'identité de mon interlocuteur. Manfred Prüm. Un pion crucial d'Anima ayant ouvert les yeux. J'attendais son appel. Impatiemment. Et puis...

Et puis je le hais, lui et son timing castrateur. Foutu cock-block. Sérieusement ? Entre tous les créneaux où je décantais dans mon appartement, seul, avec assez de temps libre pour reproduire l'île Mirabèce au crochet, il m'appelle quand je suis sur le point de brûler mes ailes de cire ?

Je... Hm. Je dois prendre cet appel. C'est important.

Putaaaaaaain.

Je m'éloigne d'un pas, greffe le combiné sur mon oreille, fronce les sourcils, plonge ma main libre dans sa poche. Et en profite pour y sortir une cigarette ; puis l'embraser.

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Ven 26 Mai - 16:59

Le riff de guitare craché depuis la poche de Troy sonna comme un réveil trop brusque d’une Hypnose. Elle sursauta et recula, comme mordue par un Abo. Elle se détacha prestement de lui, retourna à la rambarde, inspirant pleinement l’air marin. L’air frais. Le visage fermé, elle regarda vers l’horizon, vers la mer. Elle ferma les yeux pour mieux respirer jusqu’à retrouver son calme, levant son visage vers le soleil avant de se tourner, dos à la rambarde et à la mer. Les yeux mi-clos, elle écoutait. Elle découpait les sons, le roulement des vagues et leur murmure apaisant, le vent, les vibrations de la ville, les Goélises, les voix au loin, et celle plus proche, plus irritée, de Troy, auquel elle accorda à peine un regard.

Certes, il serait le parfait moyen d’oublier. Mais aussi de replonger tête la première dans ses problèmes. Dans leurs problèmes communs. Les combats, la violence, la paranoïa générale, les secrets. Etrange d’ailleurs qu’ils se soient fait confiance si vite. Ils n’avaient pas eu le choix surement. Elle devait lui faire confiance avec son affaire, même s’il aurait pu être l’acheteur de ses Pokémons. Puis lui, lui avait servi par morceau ses confidences. Comme pour l’apprivoiser. La garder près de lui, juste assez docile. Ils n’avaient ni l’un ni l’autre les moyens d’être entièrement sûrs l’un de l’autre. Pourquoi doutait-elle de lui d’un coup ? Son bref regard s’était soutenu au final. Appuyée sur ses coudes, il la trahissait. Il trahissait toute sa méfiance. Toute sa déception. Elle n’avait pas envie de se dire que leurs frôlements n’étaient que chorégraphiés. Elle avait envie de regoûter à cet abrutissement adolescent dont elle voulait se débarrasser quelques secondes auparavant. Elle détourna la tête, faisant mine de se concentrer sur un mur.

Troy. Troy omniprésent. Troy qu’elle entendait grommeler à un interlocuteur inconnu. Troy dont elle sentait la cigarette sous les relents marins. Troy qu’elle ne pouvait pas ne pas voir parce qu’il était à quelques pas d’elle. Elle eut brusquement envie de resuivre ce chemin de terre et de continuer son exploration seule. De se perdre dans les rues sans personne. D’aller au café écouter les piliers de bar, comme il les appelait. Alors pourquoi ne le faisait-elle pas ? Ce n’étaient que quelques pas à faire. Un sentier de terre trop étroit puis de nouveau l’artère baignée de soleil. Peut-être parce qu’elle sentait qu’il la suivrait, qu’il faudrait courir, se disputer, ameuter du monde, s’expliquer. Elle avait mal. Elle préférait encore son apathie de plus tôt. Une douleur latente, lancinante.

Pourtant il était sincère. Il le semblait. Même dans les pires moments. Il avait été là. Il lui avait envoyé un message à elle lorsqu’il avait cru mourir. Il l’avait regardé avec des yeux timides, des tendresses maladroites. Et cette soirée ensemble, autour de quelques verres après un premier combat, tout ce qui avait l’air du lapsus, de la franchise, de l’attirance.

Son appel cessa enfin, la retrouvant l’air un peu déconfit. Elle reprit sa conversation de plus tôt, souhaitant au plus vite combler le vide, s’abrutir, ne pas se laisser faiblir.
Donc, oui, ma sœur. Elle voudrait devenir Professeur Pokémon à la longue, même si les pokémons anciens et l’archéologie l’intéressent plus que les découvertes. Après, ça ne veut pas dire qu’elle ne s’y connait pas, c’est pas mal une tête, mais c’est aussi ce que je lui reprocherais. Elle vit la tête dans ses bouquins au lieu de lever le nez, et le pied, et de regarder autour d’elle, de vivre pour de vrai. Je sais pas. Mon frère Nathanaël, lui, est très différent. Il est encore jeune, enfin, c’est un ado, mais il veut devenir maître de la Ligue de Sinnoh. C’est un bagarreur, depuis qu’il est tout petit, mais il a bon fond. Il fait pas ça juste pour le trip de se dire qu’il est plus fort que tout le monde, y a autre chose qui le motive. Il me ressemble plus, quoi.

Elle retint un soupir. Elle parlait pour ne rien dire, c’était creux, elle ne retrouvait même pas le véritable portrait de ses proches dans ses paroles. Elle repartit dans le couloir fin des vieilles maisons vers la ville, lançant par-dessus son épaule.

C’était quoi cet appel ?


#4B996D - Voice actress : Ashly Burch (Aloy, Cassie Cage, etc.)


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Lun 29 Mai - 2:25
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OST | Bleach #12 Nothing Can Be Explained  :
 

Je greffe le combiné à mon oreille, ferme les yeux, inspire, m'écarte de Caoimhe, rouvre les yeux, décroche, expire. Je tourne le dos à ma collègue, une main sur la rambarde en pierre, mes ongles raclant la roche. Pour rien au monde je ne voulais cet appel. Et pourtant, le sort s'acharne sur mon illusion de bonheur pour me happer vers la réalité. Murphy désire que je singe des mafieux jusqu'à mon dernier souffle.

Je retire ma cigarette de mes lèvres, crache ma niaiserie au gré du vent.

Hello ?
Bonjour Troy. Je ne dérange pas j'espère ?
... Non, non, bien sûr que non.

Ma main baladeuse se fraye un chemin jusqu'à ma poche. Jusqu'à mon briquet. Je joue avec, torture mes doigts, déforme mon pantalon. Mes nerfs s'expriment.

J'attendais ton appel. Du coup ?
Tu en es sûr ? Tu as l'air mal à l'aise.
Fred, s'il te plait, accouche de ce que tu as à me dire.
Soit.

Je me penche vers le vide. Mes doigts jonglent avec leur cigarette ; mes lèvres les jalousent asséchées par la conversation. Je n'ose pas jeter un œil à Caoimhe. Pas après ce qui aurait pu se passer. Pas après le bris de ce moment magique que tout adolescent rêve d'avoir. Pas après ce coup de surin du destin, logé entre mes côtes.

Il y a eu des remous à Nox Illum.
Breaking news ?
J'ai pris le contrôle des Puns N' Roses. L'organisation sera dirigée à ma façon. Ou plutîot, à notre façon. J'ai une place pour toi à mes côtés. Tu as la hargne et les yeux ouverts ; on en aura besoin pour dominer nos concurrents. Pense à toutes ces hydres décapitées qui attendent de meilleurs jours, dans l'ombre des gratte-ciels.

Je décale mon portable de mon oreille, croise mes bras sur la rambarde, colle mon front sur mes poignets. Une voix éthérée me chatouille les tympans ; je reprends le fil.

... temps. Temps de prendre le contrôle des coulisses de Mhyone. Comme tu le voulais en bossant pour Anima. Mais maintenant que les loups sont partis...
...
Tu es très silencieux. J'ai dit quelque chose qui ne va pas ?
Je...
Hm ?
C'est peut-être le mauvais moment, Fred. J'ai besoin de prendre des vacances.
Je te propose le boulot de ta vie, Troy. À prendre maintenant ou à laisser. Je ne peux pas me permettre de laisser le poste vacant jusqu'à ce que tu changes d'avis. Tu es bon... très bon, certes, mais j'ai un commerce à gérer. Et des buts à atteindre.
Désolé, Fred.
Comme tu dis, ça doit être le mauvais moment. Du moins, un mauvais moment à passer. Je te rappelle demain. La nuit porte conseil, Troy. Couche-toi tôt.

Mon regard dérape sur la chevelure de Caoimhe. Sur sa solitude. Sur sa gêne. Sur sa mise à l'écart. Mes esprits convergent tous vers elle : un unique but vers lequel mes sens en émoi tendent. Je me projette cinq ans en avant et vois nos deux silhouettes, l'un à genoux, l'autre en pleurs ; je me projette cinq en avant et vois nos deux silhouettes, l'un en position de force, l'autre à genoux et en pleurs. Deux vies pour un choix. Voici l'un des carrefours-dilemmes offerts par madame la vie.

Huit mois de sacrifice. Dix ans de sacrifice. Ma vie n'est que sacrifice. Le travail me ronge le moral. Je rêve, vis, mange, cours, chante, parle, dors boulot. Que d'énigmes. Que de jeux d'esprit. Que de pièces de puzzle. Un existence en morceaux qui s'évanouit dans l'atmosphère telle une météorite lancée à mach 11. J'ai besoin d'une pause. D'une piqûre de bonheur. D'une perche tendue vers un avenir idyllique.

Je vais devoir refuser ta proposition d'embauche, Fred.
... Soit.

J'ai besoin d'elle. De son joli sourire. De son intérêt pour moi. J'ai besoin de sa résilience à mes côtés, pour me guider sur le droit chemin. De ses remarques cinglantes à la moindre erreur de parcours. De la chaleur de ses formes.

... Bye.
Hm-hm. On se tient au courant.

Je raccroche. Pose mon portable. Fixe la plage au loin. L'excroissance cendreuse de ma cigarette s'écroule sous son propre poids, pris en étau entre mes doigts figés.

Je déglutis.

Et rejoins Caoimhe en n'osant afficher le moindre sourire gêné.

Donc, oui, ma sœur. Elle voudrait devenir Professeur Pokémon à la longue, même si les pokémons anciens et l’archéologie l’intéressent plus que les découvertes.

Elle noie le poisson. Relâche un monologue sur ses proches, je crois. Sa sœur, son frère, son rapport avec eux. J'essaie d'avaler ses paroles mais chaque mot résonne dans le vide, et leur écho s'imprègne de la voix de Prüm.

Je suis un mauvais collègue. Dans tous les sens de lecture possibles.

Peut-être aurais-je dû accepter l'offre. Peut-être aurais-je dû remercier Caoimhe et rebrousser chemin. Lui avouer que sa venue m'a rendu toute chose, mais que jamais rien ne pourra se passer entre nous. Relancer ma carrière d'homme de l'ombre pour le plus grand bien commun. Peut-être aurais-je dû, oui...

Caoimhe prend les devants, continue notre périple vers la vieille ville. Je secoue la tête dans son dos, la suis sans vraiment suivre ce qu'il se passe. Depuis quand a-t-elle terminé de parler ? A-t-elle remarqué que je n'écoutais pas le moindre mot ?

Putain.

Il faut que je reprenne mes esprits. Un peu de marche me fera du bien. Lever ma tête, regarder le ciel sans nuage, sentir l'odeur de mousse sur les murs en pierre. Je dois...

C'était quoi cet appel ?

Dérapage serré à quatre-vingt-dix degrés. Le camion traverse le terre-plein central pour rouler en contre-sens. J'agis comme un lapin pris entre les phares de la vie, les yeux écarquillés, le souffle presque coupé. C'était quoi cet appel ? Mon voisin. Mon partenaire. Mon frère. Ma copine. Le Maître de la Ligue. Chris Kill. Caoimhe O'Kelly.

C'était...

Nous y voilà. Aux portes du paradis. À cinq minutes de l'apocalypse sur l'horloge de la fin du monde. C'était quoi cet appel ? Bien sûr que le sujet allait revenir dans la conversation. Bien sûr que ce monologue n'était qu'une tentative maladroite pour oublier la mort du romantisme. Bien sûr que...

Une minute, Troy.

Pourquoi s'intéresse-t-elle autant à cet appel ? Elle souhaite comprendre. Elle souhaite être au courant de mes affaires. Un appel pour le travail ? N'est-elle pas censée être mon bras droit parmi l'Emblème du Guériaigle ? Et je lui cache la vérité, m'éloignant d'elle à la moindre sonnerie de portable sous couvert de « protéger son ignorance ». Je m'imagine dans sa peau et subis ma condition de serf, de pion, de bouc émissaire.

Peut-être cherche-t-elle à connaître le responsable du rapt de ce tendre baiser. De la fusion de nos souffles haletants, les yeux fermés et pourtant rivés sur l'image cristallisée de l'autre. De la transe ayant charmé nos corps gavés aux hormones...

J'écarte mes lèvres, prononce un gargouillis étrange pour briser mon silence.

C'était une proposition d’embauche.

J'emboite son pas, fixe le sol, inspecte chaque pavé sur lesquels poser le pied sans trébucher. Les mots ne viennent pas. Je suis livré seul à mon désarroi. Et au silence.

Un collègue m'a proposé de rejoindre une mafia émergente, dis-je tout bas. Le genre de proposition qu'on ne refuse pas, par un homme à qui l'on ne refuse rien.

Je dévoile ma main au grand jour.

Je pourrais avoir de l'influence aux quatre coins de Mhyone. Imposer ma volonté, contrôler une armée invisible depuis les ombres. Et surtout, fonder une protection efficace contre les groupes aux méthodes... dérangeantes, craché-je sans trouver le bon mot pourtant sur ma langue. Confer les Team. Quitte à commettre l'inacceptable.

Brelan d'as.

J'ai refusé. Je suis fatigué. J'aimerais seulement... prendre soin de moi, pour une fois. Juste... penser à moi. Quelqu'un m'a ouvert les yeux, il y a quelques jours. Je crois que je ne pourrais jamais assez remercier cette personne...

Ça fait un bien fou de se lever, de plonger son nez dans son bol de céréales, et de ne pas essayer d'oublier ce qu'il s'est passé la veille. Au contraire. On se ressasse nos souvenirs, et sourit. Le nez dans un bol de céréales. Heureux. Prêt à aller de l'avant.

Je suis désolé pour ce coup de fil, Caoimhe. Vraiment.

J'aurais aimé avoir mis mon portable sous vibreur.

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Mer 31 Mai - 0:28

C'était...

Elle sentit le mensonge monter, suinter du moindre pore du visage de Troy. Elle s’arrêta et se retourna pour le fixer, le regard dur. Elle se contenait pendant des secondes qui lui semblaient trop longues. Son cœur battait à tout rompre. Il allait lui mentir. Et elle allait partir. Le fin fil de confiance qui les reliait allait se briser, elle le sentait dans sa poitrine. Le même fil sur lequel ils jouaient aux funambules, qui allait lâcher et les entrainer dans leur chute, d’une seconde à l’autre. Il suffirait de quelques mots seulement. Elle attendait, sentant le vent sur son visage, semblant presque le défier du regard d’aller au bout de son geste, de couper lui-même le câble, de tout saccager. Elle attendait, droite, qu’il mette fin à leur relation, qu’il lui donne une bonne raison de partir sans se retourner, de le laisser tomber là, dans cette ruelle trop étroite de terre battue.

Il gargouilla d’une voix étranglée et son estomac se serra. Il n’essayait même pas d’avoir l’air crédible. Il n’avait même pas cette dignité. Elle eut envie de crier et de broyer leur confiance froissée de ses propres mains. De la piétiner, de la lui cracher au visage. Elle retint à peine une grimace de mépris.

C'était une proposition d’embauche.

Elle resta immobile, comme foudroyée. Pas un mot, rien. Son aveu, sa voix de vaincu aurait pu résonner entre les murs de crépi.

Un collègue m'a proposé de rejoindre une mafia émergente. Le genre de proposition qu'on ne refuse pas, par un homme à qui l'on ne refuse rien.

Elle recommença à respirer, tout doucement, à petites inspirations timides.

Je pourrais avoir de l'influence aux quatre coins de Mhyone. Imposer ma volonté, contrôler une armée invisible depuis les ombres. Et surtout, fonder une protection efficace contre les groupes aux méthodes... dérangeantes. Confer les Team. Quitte à commettre l'inacceptable.

Le filin avait cessé de trembler sous ses pieds. Tout ça grâce à un stupide serment fait à demi ivre d’être parfaitement sincère l’un envers l’autre. Elle soupira pour compenser son manque d’oxygène, ses poings se desserrèrent. Elle le croyait. Et à sa tête, elle devinait déjà sa réponse.

J'ai refusé. Je suis fatigué. J'aimerais seulement... prendre soin de moi, pour une fois. Juste... penser à moi. Quelqu'un m'a ouvert les yeux, il y a quelques jours. Je crois que je ne pourrais jamais assez remercier cette personne...

Son expression était passée du mépris à la compassion. Sa voix n’était pas celle d’un vaincu parce qu’il abandonnait. C’était celle d’un vaincu parce qu’il était fatigué. Parce que son visage avait plusieurs âges selon la lumière à cause des problèmes, parce que ses mains et son visage étaient tuméfiés, parce que son travail revenait à chaque instant le harceler sous toutes les formes imaginables. Elle détourna les yeux, eut la grimace d’un sourire raté.

Je suis désolé pour ce coup de fil, Caoimhe. Vraiment.

Elle fit un pas dans sa direction, parcourut le peu de distance qui les séparaient et le prit dans ses bras, le menton contre son épaule, poussant un peu sa joue contre la sienne. Parce que c’était encore la meilleure façon de lui faire comprendre qu’elle était là et qu’elle était heureuse de son choix.

C’est pas grave, t’inquiète.

La douleur dans sa poitrine devint une sensation de confort. C’était bon de l’avoir, là, dans ses bras. D’être juste ensemble. De se moquer du reste du monde en choisissant son propre timing, sa propre façon. Un geste aussi amical qu’intime. Un geste de réconfort et de complicité. Elle se détacha de lui et tenta de reprendre un air enjoué, d’ignorer tout ce qui avait pu arriver dans cette impasse.

Alors … on va où maintenant ?


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Mer 31 Mai - 3:00
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OST | Black Hole Sun - Cover by Haley Reinhart :
 

Caoimhe s'infiltre dans la faille de mon armure, m'étouffe de son étreinte. J'avale une boule de salive malgré ma gorge sèche, ouvre mes yeux déjà ouverts, tombe des nues pourtant les pieds sur terre. Son corps se presse contre le mien. Sa tendresse couve le fœtus de mon affection. Nos joues se caressent. Son odeur enivre mes cinq sens. Son menton agrippe mon épaule, m'empêche de tomber en arrière.

Le temps, lui, s'arrête. Il nous regarde de loin, sous toutes les coutures ; nous jette des poignées de sable en guise de confettis, en sortie d'église.

Too soon.

Je referme mes bras sur son dos. Plonge mon nez dans sa chevelure. Me cambre sur elle. M'oublie un instant. Mon cœur accuse le tournis des montagnes russes. Tantôt heureux, tantôt confus, il ne sait plus où donner de la veine. Le sang tambourine contre ses ventricules ; ses artères se gonflent à en exploser. Ses battements m'assomment. Une paire d'ailes m'écorche l'échine, s'épanouit vers les cieux. Je me laisse emporter au gré de ses psalmodies, le buste léger, prêt à emprunter le tunnel de l'après-vie jusqu'à l'ultime repos ; et y espère rencontrer les jumelles de Caoimhe restées au paradis. Mais je n'y serais pas heureux pour autant. Un poids me pèserait sur la poitrine. Il manquerait un élément crucial. Une personne. Une entité. La maîtresse de mes sentiments, sa main de velours tenant les brides de mon béguin.

... merci...

Je relève ma tête de son terrier, offre une timide œillade aux lèvres de Caoimhe. Elle singe mon comportement, se libère de mon étreinte. Son regard s'est purgé de tout ressentiment. Je lui souris tendrement ; mes yeux la remercient, l’idolâtrent.

Je m'éloigne de la chaleur de son corps, enterre mes désirs impulsifs, rit doucement face au ridicule de la scène. Tout est passé si vite. J'ai perdu l'équilibre sept fois en sept secondes ; mon estomac m'implore de ne pas tenter la huitième pirouette.

Et pourtant, elle est si tentante.

À portée de lèvres.

Alors … on va où maintenant ?

Comment rebondir sur ce qu'il vient de se passer ? Ma langue finira par se fourcher. Ma main finira par trouver une consœur. Mon cerveau finira par m'aveugler de signaux criards, de tendres souvenirs, de rappels à la réalité. Comment repartir dans les rues de Port-Mirage, l'amitié en étendard, alors qu'une force invisible s'entête à nous rapprocher ? Je n'ai pas envie de froisser le destin. Je veux juste m'enfoncer dans les bras de Caoimhe, pour des siècles et des siècles ; et que nos descendants découvrent les squelettes enchevêtrés de deux ancêtres éperdus d'amour. Je le sais, maintenant. J'en suis persuadé. Ce n'est pas qu'une vulgaire passe assouvie en une vulgaire passe, justement. Des forces obscures complotent dans l'ombre ; leurs fils dorés nous ont guidé jusqu'au bord du précipice. Et maintenant, je dois...

...

Bien sûr. Tu ne te sens pas prêt. Tu n'oses pas franchir le pas, par peur d'essuyer un refus, ou pire encore, de découvrir après coup que tu n'es pas fait pour elle. Et l'illusion de bonheur qui te hante éclatera en morceaux, comme elle le fait toujours.

Le temps presse, Troy. Décide-toi. Tenter, ou ne pas tenter. Aimer, ou ne pas aimer.

Détruire, ou ne pas détruire...

Pile ou face ?

Il y a un parc de jeux pour enfants, si le cœur t'en dit. Avec trop peu d'enfants pour lui donner de la vie. On peut y faire un détour en redescendant vers la plage...

La pièce retombe après un ballet aérien.

Pile.

Il y a une balançoire qui nous y attend. Rouillée, certes, mais elle supportera notre poids. Ou devrait. Et puis, hm, ça fait partie intégrante de la visite guidée.

Mon argumentaire se tire une balle dans le pied. Je n'arrive même pas à me convaincre. Mais ce n'est pas nouveau, j'ai toujours été incapable de vendre mes idées. Une chance que la violence pèse beaucoup dans les négociations musclées.

Je prends les devants, guide Caoimhe vers un virage, un autre, puis encore un troisième. Un villageois nous salue sur la route, chapeau en main, dévoilant sa calvitie.

Le rire d'un garçon résonne. Une petite fille l'accompagne, élevant leurs voix dans les airs. Des bruits de chaine vibrent en chœur, synchrones au craquement du bois.

Au moins, nous ne serons pas seuls.

J'aurais bien aimé avoir une anecdote à te raconter sur cette balançoire, mais à part les théories alambiquées sur le « R + J = <3 » gravé dans l'écorce de l'arbre, je donne ma langue au chat. Ah si, j'en ai une ! Les Pokémons sauvages y passent pour se vider la vessie sur le sable. C'est un peu ça aussi, l'authenticité de Port-Mirage.

J'extirpe une pokéball de ma veste de costume, invoque Ponyta à mes pieds dans un trait de lumière. Elle ne bouge pas, ne me regarde pas, la tête haute et la fierté encore plus près des nuages ; puis se dirige vers la joie contagieuse des deux enfants.

Moi aussi je suis content de te voir, Ponyta.

Pas de réponse, sinon le silence de son flegme hautain. Elle continue sa route, se déhanche jusqu'au parc, se plante devant l'entrée ; la petite fille semble la remarquer et hurle à son camarade de se retourner avant que l'apparition ne s'en aille.

Ça devrait nous donner un ticket d'entrée auprès des gamins.

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Jeu 1 Juin - 1:42

Ils reprirent leur marche, les compteurs remis à zéro. L’humeur était de nouveau aux sourires et à la bonne humeur. Elle plissa les yeux lorsqu’ils sortirent de la ruelle, revenant en plein soleil. Il faisait plus chaud ici. Plus vivant aussi. Le temps était vraiment magnifique. Le soleil, la chaleur, le vent léger, l’air marin, les Poichigeons qui chantonnaient dans les arbres. Elle sentit sa main frôler celle de Troy et sursauta, la ramenant immédiatement vers elle. Une sorte de réflexe inconscient de vouloir lui prendre la main, de vouloir nouer leurs doigts pour continuer leur étreinte. Il fallait qu’elle se surveille si ses mains décidaient de n’en faire rien qu’à elles comme ça. C’était pourtant si agréable à s’imaginer. Cette main dans la sienne, ses doigts emprisonnés dans les siens. Deux secondes auparavant, elle lui aurait mis sa main dans la face, et là, elle désirait mettre prendre sa main, sentir la chaleur de sa peau... Elle se passa la main dans les cheveux, les ébouriffant à moitié en cherchant sa logique disparue, un sourire en coin aux lèvres.

Elle salua le vénérable chauve d’un mouvement de tête, lui offrant son sourire puisqu’il était là. Qu’avait-il pensé d’eux ? Avait-il salué un voisin, une jolie jeune femme … ou un couple ? Elle rougit à l’idée, se jeta un seau d’eau glacée mentalement et rappela son imagination partit galoper sur l’idée d’un couple, d’une aventure avec Troy sans se soucier de l’avis de sa propriétaire. Elle la contenta néanmoins en jetant un coup d’œil en biais à Troy, rapidement, de haut en bas. Elle regarda son téléphone. Pas de nouvelles de Blanche, bonne nouvelle, probablement. Ils furent accueillis au parc, entre les sentiers de gravillons et de sable, par des rires d’enfants. Le parc était plus rempli que Troy ne semblait l’avoir prévu.

J'aurais bien aimé avoir une anecdote à te raconter sur cette balançoire, mais à part les théories alambiquées sur le « R + J = <3 » gravé dans l'écorce de l'arbre, je donne ma langue au chat. Ah si, j'en ai une ! Les Pokémons sauvages y passent pour se vider la vessie sur le sable. C'est un peu ça aussi, l'authenticité de Port-Mirage.
Hmm, Roger et Jeannette ? tenta-t-elle en lançant les deux premiers noms qui lui passaient par la tête, influencée par le passage du vieillard plus tôt. C’était plus que mignon de s’imaginer ce bon visage rond, vu à peine quelques secondes, dans sa première jeunesse, au point de marquer ses initiales dans le bois.

Troy laissa sortir un Ponyta de sa ball – c’était nouveau ça – et la laissa s’approcher des enfants, qui s’extasièrent face au petit équidé et coururent pour s’en approcher.
Umm, elle risque pas de les brûler ? s’inquiéta brusquement la grande sœur. Je veux dire, elle ne les connait pas et les petits sont pas toujours tendres.

Elle se rapprocha instinctivement du pokémon, prête à retirer des petites mains du feu ou à frapper si le besoin se présentait.
Dis, m’dame, on peut le caresser ? s’exclama le petit garçon, un petit brun constellé de tâches de rousseurs avec un sourire à tout casser.


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Jeu 1 Juin - 3:19
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OST | Baccano! - Yurumikatta Kannou no Dance :
 

On a tous été tenté, petits, de mettre le feu à des choses du quotidien, envoûtés par la danse des flammes. Serait-ce pour cette raison que ce Pokémon attise autant le sympathie des plus jeunes, à l'instar du Petit Troy d'il y a vingt ans ? Si seulement il me voyait maintenant. Il serait fier de son double du futur. Et aurait sûrement les joues rouges en s'imaginant dans les bras d'une belle blonde à la chevelure immense. Par chance, il ne voit pas ce que mes yeux d'adulte perçoivent ; le pauvre se viderait de tout son sang par les narines. Surtout, je ne dois pas l'imaginer presque nue, la poitrine couverte par sa seule tignasse, ses cheveux tombant jusqu'à sa croupe...

Oups.

Caoimhe s'inquiète, si mignonne dans cet état. Elle change de posture, s'apprête à bondir sur les deux oisillons en cas de danger. J'arrive à sa hauteur, porte une main depuis ma poche jusqu'à son épaule, referme mes doigts sur son blouson noir.

Ponyta ne ferait pas de mal à une mouche. Elle refuse de se battre, de se protéger. Elle se contente... de briller de mille feux. C'est si bon de la voir s'épanouir, loin de tout danger. De telles beautés ne devraient jamais devoir froncer les sourcils...

Je relâche ma prise, détourne mon regard, rejoins le couple d'enfants. L'analogie est suffisamment criarde pour ne pas l'appuyer d'une œillade insistante. J'en deviendrais... vulgaire. Et c'est la dernière chose au monde que je souhaite regretter.

Allez-y, elle est très câline.

Je passe ma main au travers des flammes couvrant son scalp.

Vous n'avez pas de soucis à vous faire.

Mes yeux jonglent entre Caoimhe... et tout le reste. Je promène mon regard, me balade par à-coups. J'expérimente un court-métrage en stop-motion, capte des clichés figés dans le temps. Ses cheveux, Ponyta, son bassin, le garçon, ses bottes, le sol...

Elle vous aime déjà...

La petite fille ose toucher le flanc de la créature.

Elle est trop mignooooonne ! C'est votre Pokémon ? Elle a un nom ? Dites monsieur, je peux la garder à la maison ? Je suis sûr que Maman sera d'accord !
Moi aussi j'aurai des Pokémons plus tard ! se gonfle le mioche d'espoir.

Je m'accroupis, les genoux fléchis ; et les yeux à la hauteur des deux.

Vous pouvez jouer avec elle tant que nous sommes dans les parages.
Et, et, et... vous allez partir bientôt ?
Oh non, ne partez pas tout de suite ! (Il se retourne vers Caoimhe, du chantage affectif plein les yeux.) S'il vous plait madame !
Tu sais quoi ? dis-je à la petite fille. Tu devrais la monter.
OOOOOH ! JE PEUUUUUX ?
Bien sûr.
MOI AUSSI JE VEUX LA MONTER ! APRÈS C'EST À MON TOUR !

Aussitôt dit, aussitôt accepté, je mets mon offre à exécution. Je me relève et porte la fille jusqu'au dos du cheval, assez haut pour qu'elle ait le temps de l'enfourcher.

Je te fais confiance, Ponyta. Pas de gestes brusques.

Elle relâche un hennissement transcendant d'excitation ; puis se déhanche ici et là en longeant la rambarde en bois du parc de jeux. Le garçon les suit de près, impatient.

Si mademoiselle veut bien me faire l'honneur ~, dis-je en désignant la balançoire.

Je croise mes jambes, ouvre mes paumes, cambre mon corps, penche ma tête – une révérence maladroite ayant cruellement besoin d'un chapeau pour être crédible.

Je la pousserais volontiers ~.

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Lun 5 Juin - 12:23
Tu crois que tu vas récupérer ta Ponyta un jour ? plaisanta la jeune femme en s’éloignant du couple d’enfants vers la balançoire, jetant un bref regard aux trois balançoires avant de s’installer sur celle tout à gauche, commençant à se balancer doucement du bout du pied.

Pas la peine de me pousser, assieds-toi là plutôt …

Elle jeta un regard au parc autour d’eux. C’était un petit parc, un square tout juste, avec quelques arbres maigres et un plus gros, un chêne ou un cèdre peut-être, où devaient être gravés des initiales d’amoureux. Avec une statue métallique de Suicune, probablement offerte par un artiste au vu de son style … plus contemporain qu’ancien. Quelques bancs, de la pelouse, des allées propres, des buissons fleuris. Un joli parc. Calme, entouré d’immeubles pas très hauts, balayé par un peu de vent qui soulageait la chaleur. Elle sourit béatement, heureuse, se berçant toute seule du pied. Elle était contente de pouvoir se concentrer sur la ville, sur le voisinage où il vivait. Elle tourna la tête vers lui, quémandeuse, comme l’enfant plus tôt.

Tu dois bien avoir une anecdote. Même une petite !
Elle se passa brièvement la langue sur les lèvres, puis exprima le fond de sa pensée.
Même une sur toi. Tu dois avoir une anecdote ici. L’arbre, quelque chose …

Elle abandonnait l’idée de visiter Port-Mirage. Elle visitait Port-Troy, elle visitait sa vie, son esprit. Elle voulait en savoir plus, connaître mieux ce qui se passait derrière le nuage de cigarette et le regard qui se fermait. Profiter de la petite brèche pour entrer, soulever les tapis et ouvrir les placards sans gêne, sans voyeurisme, sans méchanceté. Ouvrir un peu tous les deux leur armure, se montrer leurs souvenirs. Mais que les bons pour le moment.

Je répondrais à une question en retour, dit-elle, appuyant encore son argumentation par le chantage, la voix solide et gamine à la fois. Parce qu’ils étaient assis sur des balançoires, comme des gamins, autant ressortir les mots et les tons de la maternelle. Un de mes secrets contre le tien.


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Lun 5 Juin - 21:06
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OST | Bleach - Here to Stay :
 

Ponyta éloigne les deux enfants du parc. Caoimhe en profite et revendique leur territoire, choisissant la balançoire de gauche pour s'y asseoir. Elle m'invite à la rejoindre, à trôner à ses côtés ; j'occupe celle du milieu et m'agrippe aux chaînes, les pieds toujours au sol, contemplant ma partenaire de jeu dans son meilleur élément.

Elle promène son regard autour de nous, capture chaque détail. Ses yeux vont d'arbre en statue, de statue en bancs, de bancs en pelouse, de pelouse en buissons. Elle parait si paisible. Dévore ce que le monde à lui offrir sans y laisser une miette. Profite de l'instant présent, son âme d'enfant prenant le dessus sur son comportement.

Puis elle croise mon regard. Et je m'étonne de ne pas détourner le mien.

Tu dois bien avoir une anecdote. Même une petite ! Même une sur toi. Tu dois avoir une anecdote ici. L’arbre, quelque chose… Je répondrais à une question en retour.

Caoimhe sonde mon être, mes souvenirs. Elle m'hypnotise, m'envoûte, me charme ; l'entier champ lexical ne saurait décrire la facilité avec laquelle ses mots glissent sur ma niaiserie. Et je la laisse entrer. Lui souris timidement. Prépare un éventail entiers de réponses sans réfléchir à la discrétion de ma vie à aucun moment. Un arbre ? Me vient en tête le pommier contre lequel nous nous entrainions au jeu du caillou. Me vient en tête le cerisier dans le parc de Céladopole, que les garçons du quartier pillaient. Me vient en tête celui en fleurs et ma première fois avec Laura.

Et je me sens aussitôt mal de penser à cela, avec elle à mes côtés. Mon subconscient aurait-il déjà tracé des conclusions, encore inconnues de sa consœur éveillée ?

Hm, une anecdote... Désolé, mais je n'ai rien de bien folichon sur le parc. Pas même sur la statue ! Mais... Hm. Je ne sais pas si ça marche, mais j'ai beaucoup de souvenirs... d'arbres. (Je lève mes yeux au ciel, tout sourire.) Bon dieu que c'était bizarre à l'oreille. Tu dois me prendre pour un idiot... Enfin bon, autant que j'aille jusqu'au bout après avoir vendu si bien mon histoire. Alors... voilà.

Le motif des chaines s'impriment contre mes paumes. Je commence à me balancer doucement, sur un pied, assez pour justifier notre revendication du parc.

John et moi nous baladions dans un parc de Céladopole, une grande ville de Kanto. Et puis, je ne sais ce qui nous a pris... on s'est mis en tête d'escalader un arbre. Je ne me souviens pas de la raison. C'est très flou. Mais je me rappelle de la taille de l'arbre comme si c'était hier. Gigantesque. Un tronc... d'un mètre de diamètre ?

Je laisse mes souvenirs me happer dans une dimension entre rêve et réalité, bercé par les va-et-vient de la balançoire. Le décor s'élève depuis le néant. Mes yeux de gosse croisent ceux de mon frère, captent une grimace de défi sur son visage flou ; nous nous encourageons, nous bousculons, nous rapprochons du colosse.

Je lève ma tête... et vois les premières branches à bien trois, quatre, cinq mètres du sol. Une touffe de feuilles nous isole du soleil, du ciel bleu azur. J'enfonce mes ongles dans l'écorce, cherche une première faille où commencer mon ascension... (Je ris à coeur joie.) Je me rate lamentablement. Dès la première tentative. Mon poids me happe dans l'herbe et je m'écroule comme une poupée de chiffon. Puis John tente à son tour de... Non. D'abord, il me relève, puis tente à son tour de grimper.

L'histoire se déroule. Les clichés s'enchainent. Le chant des oiseaux remplace celui des deux enfants. Mes sourcils se décrispent. Je regarde devant moi mais ne vois rien.

Même résultat. Il tombe. Et je ris, je ris si fort que les hôtes de l'arbre décident de s'enfuir. Je vais pour grimper à nouveau, à mon tour, me fichant éperdument de la chute de mon petit frère, mais il m'interrompt. Il m'interrompt, et pour cause, si près du sol, si près de l'arbre, il vient d'apercevoir une faille en plein milieu du mur d'escalade. Un trou, semble-t-il. Le nid d'un quelconque volatile qui va m'offrir la victoire. Alors je lui demande gentiment de se mettre à quatre pattes pour m'aider à l'atteindre. Parce que je suis son grand frère, et qu'il me doit le respect. Et John se met à quatre pattes. Parce qu'il est mon petit frère, et qu'il veut que je le respecte.

Ma gorge se serre. Un arrière-goût amer m'envahit les papilles, la glotte. Mes paupières s'alourdissent, ancrent mon regard à la pelouse du parc. Je ferme à moitié mes yeux. Laisse une certaine... rancœur nostalgique remodeler mon visage.

Et j'atteins ce trou. Dès le premier essaie. Puis je tends mon bras vers une branche non loin, à portée, à seulement... un mètre ? Je ne regarde pas en bas. Je n'offre aucune oeillade à John. Je n'aspire qu'à grimper, encore plus haut, jusqu'à la cime de l'arbre, jusqu'à... Une pomme ! Il y a des pommes ! C'est pour ça que nous voulions grimper. Nous avions faim. Et il y avait ces pommes. Ces pommes... Si belles. Si juteuses. Si... inaccessibles. Mais il y en avait une juste à côté. À un mètre. À un tout petit mètre. Alors, je m'improvise une faille dans l'écorce à m'en lacérer le bout des doigts. Encore, et encore, et encore, je racle le bois jusqu'à ce que la sève se mêle au sang. Et je m'élève enfin. Jusqu'à une première branche. Puis une autre. Une troisième. Entouré de toutes ces pommes, si belles à croquer. Je regarde John. Il me sourit. Il est fier de moi. Je me sens si heureux. Si fier de... nous. Alors j'arrache une dizaine de pommes et les jette vers mon frère. Il m'acclame. Ameute les gamins du quartier. Les gamins m'acclament. Puis me demandent d'en récupérer plus. Alors, confiant, je me balance de branche en branche. Alors confiant, je fais le tour de l'arbre jusqu'à un nouvel éden fructueux. Alors, confiant, trop confiant peut-être, je rate une prise et tombe la tête la première. Puis, l'écran noir.

Je rouvre mes yeux. Reprends conscience. Déglutis. Je jette un œil à droite : Caoimhe est toujours là, à mes côtés, à m'écouter. À m'entendre. Ma langue se dessèche. Mes neurones fondent. Je reprends conscience, oui. Conscience d'avoir livré l'un des piliers fondateurs de ma vie à une femme que je ne connais que trop peu. Une femme que je désire connaître tellement plus. Et pourtant, lorsque j'ai l'occasion de le faire...

Je bloque.

Et gratte la timide cicatrice sur mon arcade sourcilière droite.

Je ne sais pas quoi dire. Je dois poser une question, mais aucun mot ne souhaite coopérer. Et si ça ne m'apprenait rien sur elle ? Et si ça m'apprenait trop de choses sur elle ? Je ne sais pas. Alors, je la regarde. Tendre. Nostalgique. Sensible. Idiot.

Pourquoi m'as-tu appelé, Caoimhe ?

Mais ce ne sont pas ces mots qui sortent d'entre mes lèvres.

Pourquoi es-tu partie à l'aventure, Caoimhe ?

Et cela se sent.

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Mar 6 Juin - 23:57

Elle l’écoutait avec attention dans son récit, profitant qu’il ne la regardait pas pour lui sourire. Elle était en train de craquer pour lui. Pourquoi ? Parce que. Elle suivait des yeux son mouvement de pendule, se prenant à l’imiter, plus doucement, gardant un pied sur terre, tirant la cheville au maximum pour ne pas décoller les orteils du sol avant de s’arrêter, préférant rester immobile pour mieux l’entendre. Il semblait revivre son souvenir et elle le vivait avec lui, perchée par-dessus son épaule d’enfant, souriant de ses victoires. La fin brusque de son anecdote lui arracha même un sursaut, les sourcils en accent circonflexe. Une part de son cerveau aurait voulu se jeter au chevet du jeune blessé, crier aux autres d’aller chercher de l’aide, les insulter, vérifier les mains maladroites que la plaie n’était pas trop profonde. Elle se rendit compte de l’idiotie de son angoisse. L’acteur principal de l’accident se tenait devant elle, et il allait bien.

Ils se regardaient tous les deux avec une sorte de surprise. Comme si elle l’avait espionné alors qu’elle n’aurait pas dû. Qu’il parlait seul et qu’elle était là, à l’écouter. Puis il posa sa question. Son ton était creux, comme s’il se rattrapait d’un faux pas. Elle baissa les paupières, les yeux à peine entrouverts, cherchant son souvenir entre ses cils. Un souvenir très précis qui expliquait pourquoi elle était ce qu’elle était. Elle appelait à elle les rues anciennes et modernes d’Unionpolis, l’excitation dans le bus, les voix depuis muettes de la vingtaine d’adolescents partant à l’aventure.

Je devais avoir 16 ans à peine. On est parti en voyage avec ma classe à Unionpolis, la capitale historique de Sinnoh. C’était … grandiose. Il y avait tellement de monde, tellement d’énergie. Les professeurs étaient moins stricts qu’ils ne le disaient sur papier. On pouvait partir à l’aventure, explorer les rues. Faut me comprendre. J’ai grandi dans un ranch à la campagne, c’était plutôt isolé. J’allais à l’école dans la grande ville la plus proche, mais on restait … en vase clos. Bien sous la surveillance des parents. Je ne m’étais jamais sentie aussi … libre.

Un sourire se dessina dans ses yeux. Le vieux charme marchait. Elle se souvenait, revoyait par flash les bâtiments, vieux et jeunes, la fierté de se pavaner dans les rues en affectant d’être née dans cette grande ville. De ne surtout pas être une touriste, mais une habitante à part entière de la ville.

Je suis tombée amoureuse. Amoureuse de ça. De la liberté, de l’aura d’une ville nouvelle. Même avant de partir je l’avais senti. Je n’étais pas aussi excitée que mes camarades, mais j’avais tellement soigné mes vêtements. Je voulais me faire passer pour une fille de l’Unionpolis que je rêvais. On a visité les monuments, les musées, les parcs … la salle de Concours et ses spectacles. C’était beau. Je ne m’étais jamais sentie aussi bien. Quand je suis revenue, j’étais mordue. Au début, j’ai juste parlé du voyage, je me rendais compte de rien. Mais après, ça me piquait. J’en voulais plus. Il n’y a que très peu de barrière autour de notre ranch, mais j’étouffais. Je me sentais comme un oiseau en cage. Ne va pas croire que mes parents sont abusifs, ou possessif. Ils nous emmenaient en ville, ils acceptaient que l’on ramène des amis mais … ce n’était pas pareil tu comprends ? J’avais besoin de partir, seule. De quitter le nid.

Elle n’arrivait pas à exprimer ce trop-plein d’émotions adolescentes. Ça lui crevait la poitrine. Lui, à côté, et elle qui parlait de cet amour pour un concept, pour une idée, une philosophie de vie. Celle de respirer. De ne jamais se laisser étouffer. De mordre la vie à pleine dents jusqu’à en avoir des caries et des maux de ventre.

Je n’ai pas fugué, j’ai passé un accord avec eux. Je partais quand je serai prête, mais je resterais d’abord à Sinnoh, pour qu’ils me récupèrent en cas de problème. Alors j’ai sillonné Sinnoh, je suis allée dans toutes les villes, j’ai arpenté toutes les routes à pied. Je le prenais pas comme une course. Je prenais mon temps. Parfois ça me prenait de rester plusieurs mois dans une ville, parfois je repassais cinq fois dans la même en restant moins d’une semaine à chaque fois.

Elle se tut un instant. Elle ne comprenait pas pourquoi parler de ses voyages la gênait autant, elle qui habituellement manquait au contraire de pudeur. Mais il avait demandé et elle avait promis, alors elle continua son récit.

Au bout de deux ans, peut-être un peu moins, je suis revenue à la maison. J’avais fait le tour. Mais je voulais repartir. Enfin, repartir, pas genre quitter la maison, mais aller quelque part. J’avais besoin d’un air encore plus neuf, encore plus frais. Alors j’ai conclu un autre marché avec mes parents. Je passais quelques mois dans un camp paramilitaire de Sinnoh, l’Aire de Survie, histoire que je sois apte à me débrouiller seule en toute situation, et je partais pour Johto, où j’ai vécu trois ans, avant de partir pour Kanto pendant un an et demi. Puis les îles Sevii pendant un an environ.

Elle se renversa sur sa balançoire, elle-même confuse de son propre discours décousu, les mains sur les chaînes, la tête renversée vers le ciel comme un Psykokwak shooté, mettant un coup de pied dans le sol pour faire partir la balançoire, même si sa voix se déformait d’une telle position, même si ça lui donnait un peu la nausée. Son mode de vie qui lui paraissait si évident l’était beaucoup moins à expliquer. Surtout à lui.

Je sais pas si ça répond tellement à ta question. J’ai juste … j’ai besoin d’air libre. De bouger, de vivre. Je sais pas si je saurais un jour m’installer quelque part. Je le regretterai peut-être un jour, peut-être pas. Pour le moment je veux juste vivre comme ça. Au jour le jour. J’aurais le temps de pleurer plus tard...


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Mer 7 Juin - 17:37
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OST | AURORA - Runaway :
 

Pourquoi ai-je posé cette question ? J'ai gaspillé ma chance de crever l'abcès, de briser la glace, de mettre le doigt sur le fond de sa pensée. Mais peut-être est-ce mieux de le découvrir sur le tas ? De lire entre les lignes de son anecdote ? De m'abreuver de ses paroles jusqu'à plus soif, puis noyer mes poumons d'un espoir cristallisé. Ça me tue. J'ai envie de tricher mais le jeu m'enivre. Ces règles tacites m'interdisent de froisser le cours de nos perches tendues, de nos regards entendus.

Alors, je l'écoute. Par les oreilles, les yeux, le nez. Je me laisse guider par le rythme de ses phrases ; par ses mèches blondes jetées au gré du vent ; par son odeur reine de mes hormones. Et ma bouche, elle, n'aspire qu'à emboiter le pas pour l'embrasser.

Une enfance dans un ranch, en pleine campagne. Une école en pleine ville, mais pas assez grande pour s'y perdre. Un voyage scolaire dans une mégalopole, capitale historique de sa région, où elle se sentit pour la première fois libre comme l'air.

Libre. Affranchie. Indépendante.

Célibataire.

Est-ce là que va nous mener cette histoire ? Non, ce n'est pas la question que je souhaite me poser. Est-ce là que va nous mener notre histoire ?

Plus elle déroule le fil de ses souvenirs, plus ma gorge se serre. Un arrière-goût amer me souille la langue ; une odeur de souffre, le nez. Je suis si content pour elle mais n'arrive pas à l'accepter. J'aimerais partager sa joie mais mon cœur m'en empêche.

Libre.

Toujours vouloir plus. Aller de l'avant. Visiter ailleurs. Vers l'inconnu. Ne pas se laisser ronger par le quotidien. Quémander des anecdotes aux passants sur sa route. Goûter à leurs comportement, coutumes, style vestimentaire. Se balader dans les rues de Port-Mirage et demander son histoire. Puis partir. Changer de ville. De région. Ranger ses souvenirs dans un album photo, casée sur l'étagère poussiéreuse d'une vaste bibliothèque. Et l'ouvrir de temps en temps, lorsqu'une énième aventure s'en enquit.

Je découvre le moteur qui la fait avancer, qui la fait se lever le matin, et ne peux me résoudre à sourire. Ce serait lui mentir que d'arborer un rictus fade. Je me contente de fuir sa silhouette, rivant mes yeux sur mes mocassins ; de me concentrer sur sa voix, mes songes en pleine ébullition. Je n'ose affronter son regard. Tiraillé. Car je la respecte pour ce qu'elle est. Caoimhe a subi d'innombrables épreuves afin de suivre son rêve, son but. L'Aire de Survie en est le parfait exemple. Elle a su mettre son plaisir immédiat de côté pour atteindre les étoiles. Reculer d'un pas pour mieux sauter.

Et maintenant, elle se balade en Mhyone. Pour trois ans, un an et demi, un an. Une épée de Damoclès caresse la nuque de notre relation. Notre date de péremption miroite sur les aiguilles de ma montre. À quand sa prochaine destination ?

Libre.

Elle a juste besoin d'air libre. De bouger, de vivre.

Je sais pas si je saurais un jour m’installer quelque part. Je le regretterai peut-être un jour, peut-être pas. Pour le moment je veux juste vivre comme ça. Au jour le jour. J’aurais le temps de pleurer plus tard...

Et puis, le silence. Le rideau se baisse. Une conclusion amère gâche son histoire. Notre histoire. Une histoire qui n'a pas lieu d'être. Mais j'ai joué, et j'ai perdu ; j'ai osé tendre une main vers l'inconnu, le cœur ouvert à toute lame ennemie, et me suis laissé transpercer par la flèche de son amour. Et quand il sera temps de la retirer, dans trois ans, un an et demi, un an, je ne me relèverai pas indemne de l’hémorragie.

Tu as raison, Caoimhe. Il faut profiter du moment présent. Même si je suis tout l'inverse, hahaha... (Je gratte l'arrière de ma tête, gêné.) Je suppose qu'il y a un équilibre à tout cela. Flâner au jour le jour, mais en direction d'un but supérieur. Après tout, même les pirates avaient un point d'attache où cacher leurs trésors. Leurs biens les plus précieux. Ce qu'ils ne voudraient perdre pour rien au monde.

Je relève mes yeux vers elle. Lui souris. En coin. Le regard... triste.

J'espère que tu n'es pas déçue de ce que tu vis en Mhyone. C'est un honneur de faire partie des anecdotes pleines de charme que tu raconteras à tes enfants.

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Mer 7 Juin - 20:02
Ce fut à son tour de le regarder, la gorge serrée. Elle avait eu peur qu’il brise le petit lien de leur confiance, et c’est elle qui venait de le trancher. Une boule lui montait dans la gorge, son nez la piquait. Il avait mal. Elle avait mal. Elle ouvrit la bouche sur des syllabes muettes, ou couvertes par les rires hystériques des deux enfants. Elle avait envie de crier qu’elle ne comprenait pas. Ce n’était pas ce qu’elle voulait dire. Qu’elle ne comprenait pourquoi ça faisait mal, là. Pourquoi ils le prenaient aussi sérieusement déjà.

Elle laissa son front se poser contre la chaîne. Avec les autres, à chaque fois, ça avait été tellement plus simple. En deux semaines même pas, ils étaient « amis avec bénéfices », elle voyageait, gardait leur adresse comme lieu où coucher en cas de problème, ou les suivait dans leurs propres pérégrinations, leurs propres expériences. Puis elle repartait sans se retourner, gardait les numéros de téléphone, les adresses mail, et estimait que tout était réglé et bien. Elle n’avait jamais songé que cela pouvait faire mal, que cela aurait pu faire mal. Ça lui avait semblé simple. Elle déglutit difficilement. Elle n’était qu’un parasite.

I really am an asshole, aren’t I ? coassa-t-elle d’une voix étranglée.

Elle n’agissait que de son propre chef. Elle ne réfléchissait à personne d’autre qu’à elle. Elle n’avait pas réfléchi à ses parents en quittant Sinnoh, ni à ses petits frères. Ni à sa sœur née alors qu’elle était déjà partie et qui ne l’avait jamais vue autrement que sur un écran. Cette sœur pour qui elle aurait pu être une parfaite étrangère. Pour qui elle était une parfaite étrangère. Elle ne pensait pas à la manière dont s’était senti Luke. Ou Juliette. Ou Andri. Elle avait juste estimé, jugé, décidé, qu’ils ne souffraient pas de ses choix. Elle n’avait pas réfléchi à Blanche en attaquant la base d’Anima. Elle n’avait pas réfléchi à ce que Troy pouvait vivre, lui, quand elle l’avait appelé.

Elle ferma les yeux, les joues rouges, en apnée. Elle se sentit à nouveau comme une merde. Et pour cause : elle était une merde, pleine d’égoïsme. Elle se retint de lui dire que de base, elle ne restait à Mhyone que parce qu’elle n’avait pas encore retrouvé ses Pokémons. Si elle les avait retrouvés, le premier soir, elle serait repartie. Si elle les retrouvait le lendemain, peut-être partirait-elle. Ou peut-être pas. Justement parce qu’il était là, et qu’il venait de jeter un aiguillon droit dans son égocentrisme. Une voix en elle-même lui crachait avec mépris que même là, elle pleurait parce qu’elle avait mal, l’accusait d’utiliser ses larmes pour attendrir Troy. Elle aurait tout fait pour s’enterrer vivante maintenant. Loin des yeux de Troy, des passants, des enfants. Juste abandonner tout, n’aller nulle part, laisser tout se finir sur des points de suspension.

I’m such a fucking asshole…


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Mer 7 Juin - 21:51
WHISKEY AND BISCUITS


OST | AURORA - Through The Eyes Of A Child :
 

Ma rancœur s'évanouit comme si elle n'avait jamais existé. Je la regarde chuter dans un gouffre sans fond mais ne peux tendre le bras pour la rattraper, tétanisé. Sa voix étranglée me donne envie de pleurer. Ma gorge se serre à son tour. J'étouffe de ces révélations à demi-mot, de ces regrets avoués dans la douleur, de ces émotions emballés derrière dix couches de lâcheté. Qu'est-ce que je dois faire ? Tout lui dire et lui promettre d'être le bon, l'élu qui la ramènera à la maison après une vie de fugue ?

Non.

Ce serait stupide. Nous ne sommes pas si... proches. Et pourtant, je vibre à sa présence. Je ne sais que trop peu de choses, mais je suis sûr de l'une d'entre elles : Caoimhe est devenu le talon d'Achille que je désire avoir depuis toujours, et ce sans le savoir. Il est trop tôt pour dévoiler mon attachement au grand jour. Mais peut-être sera-t-il trop tard lorsque je me sentirais prêt. Ma belle colombe ne sera jamais en cage, et dompter un tel volatile relève du miracle ; elle s'envolera un jour vers un pays plus chaud, et je n'aurais que mes remords pour me porter compagnie.

Caoimhe...

Je me lève de mon siège, hésite un moment, puis m'avance vers elle. Je torture mes doigts, lorgne mon amie, compatis à son sort ; et m’accroupis enfin vers elle, à hauteur de son ventre, les yeux levés vers son visage en larmes.

Je saisis ses mains. Délicatement. Et les caresse de mes pouces.

Tu n'as pas à t'en faire. Il ne faut jamais regretter ses choix. Jamais. La seule chose que tu peux faire, et que tu dois faire, est d'aller de l'avant. Et de rectifier le tir de tes erreurs passées. Tu es... (Je déglutis.) Tu es une navigatrice perdue en pleine tempête. Mais avec les bons outils, en surveillant ta route chaque jour, tu iras là où tu voudras. Vers des mers plus calmes, limpides ; vers des lagons paradisiaques où l'on voit les bancs de poisson caresser nos chevilles. (Je frotte tendrement sa cuisse, la réconforte de toutes les armes en ma possession.) Tu es forte, Caoimhe. Peut-être l'une des personnes les plus fortes qu'il m'ait été données de rencontrer. Et je...

Et je te promets d'être là pour te guider à travers la tempête.

Et j'aimerais que l'on apprenne à se connaitre davantage.

Et je t'apprécie beaucoup.

Et je t...


Et je suis sûr que tu traverseras cette épreuve sans problème. Et si jamais tu veux parler... je suis là. Même en pleine nuit. Je ne t'abandonnerai pas sur ce coup-là, Caoimhe. Je ne t'abandonnerai jamais. Je sais ce que ça fait de se sentir aussi...

Horrible. De se détester. De vouloir s'arracher les veines avec les crocs.

— ... tiraillé. Ce soir-là, quand je t'ai rencontrée, j'étais dans le même état. (Je lui souris. Attendri. Mielleux.) Mais tu m'as sorti de ce pétrin. Et je te rendrai la pareille.

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Jeu 8 Juin - 19:45
Elle se força à étirer un sourire douloureux, désolée. Elle se pencha en avant pour poser son front lourd contre celui de Troy, sentant ses larmes couler le long de son nez et contre celui de Troy. Ses cheveux retombaient en rideaux de boucles pour lui laisser l’intimité dont elle avait besoin pour retrouver sa respiration, elle poussait de longs soupirs tremblotants pour maîtriser son envie de pleurer. Ce fut à elle maintenant de le remercier d’un souffle, de poser sa main contre la sienne, contre sa cuisse, se laissant bercer par sa voix alors qu’il avait cessé de parler. Elle aurait pu rester là des heures, à barboter dans son chagrin, gardant simplement la tête hors de l’eau en la posant contre celle de Troy. A sentir leur complicité comme leurs respirations, à le sentir là, vivant, toujours là au bon moment, au pire moment. Elle aurait pu, et elle l’aurait bien voulu.

Pourquoi tu pleures, madame ?

Mais encore une fois, le sort en décidait autrement. Elle sursauta, se détachant maladroitement de Troy, retirant sa main, relevant brusquement ses yeux humides vers ceux, curieux, inquisiteurs, du petit garçon de plus tôt. Seulement curieux en fait. Et pleins de compassion. Voir un adulte pleurer l’inquiétait. Elle n’avait pas entendu les deux enfants arriver, suivi du Ponyta. Elle s’essuya un peu vite les yeux et se racla la gorge pour ne pas trop avoir une voit de Spiritomb avant de rassurer le petit.

T’inquiète pas, ça va…

Il fronça les sourcils, désolé qu’on lui mente aussi franchement. Il voulut avancer sa petite main, ne comprenant pas, lorsque son amie – ou sa sœur, ou sa cousine – se décida à briser la glace et les tabous sans la moindre gêne.

Vous êtes amoureux ?

Ko ouvrit les yeux de surprise, toujours étonnée par les enfants et leur absence complète de tact. Et leur efficacité avec les mots. Ça ne tournait pas autour du pot, ça posait leur question, directement, sans prendre de gant. Elle tenta de parer à la question avec la première chose qui lui vint à l’esprit.

Vous vous amusez bien avec Ponyta ?
Oui, mais ça fait mal aux fesses.
Ah.
Pour la parade, c’était raté. La petite attendait toujours sa réponse, les yeux curieux. Elle attendait une réponse positive surtout vu sa tête.
Mais faut qu’on rentre manger.

Elle faillit lâcher un soupir de soulagement.
D’accord, allez-y alors, et bonne journée !
Mais vous êtes amoureux ou pas ?

Bon, elle ne démordait pas celle-là. Elle jeta un petit regard à Troy, semblant l’appeler à l'aide.


#4B996D - Voice actress : Ashly Burch (Aloy, Cassie Cage, etc.)


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Jeu 8 Juin - 22:18
WHISKEY AND BISCUITS


OST | AURORA - Black Water Lilies :
 

Un baiser à portée de murmure. Nos fronts scellés, nos nez dressés l'un contre l'autre. Ses larmes réchauffent mes joues, s'enfuient jusqu'à mon menton ; je partage le fardeau de Caoimhe autant que je le peux, cloîtré dans l'enceinte de ses cheveux. Intimes. À l'abri de tout regard indiscret. De tout jugement. De toute messe basse.

Des ailes me poussent sur le dos. Je pourrais lui chantonner un air de printemps, là, si près d'elle, que personne n'entendrait mes fausses notes. Je pourrais laisser mon cœur guider mes poumons, la respiration haletante, que personne ne devinerait mes sentiments. Je pourrais lui arracher un tendre baiser, nos lèvres humidifiées par ses larmes, que personne ne nous demanderait pourquoi.

Mais le destin est sadique et ne souhaite nous voir épanouis.

Les gamins reviennent avec Ponyta ; Caoimhe sursaute et renfile sa carapace ; son cœur se durcit et pétrifie le mien, pris sur le vif à trainer si près de lui.

Vous êtes amoureux ?

La question à un million de pokédollars. Je demande le 50/50, la demande à un ami, l'avis du public ; et les trois jokers m'offrent la réponse sur un plateau d'argent.

Caoimhe lève ses yeux vers moi, appelle à l'aide. Je lui souris tendrement. Qu'est-ce qu'il me reste à faire ? Nier l'indéniable ? Les deux enfants ne nous laisseraient jamais tranquilles, et leur râle de mécontentement pourrait gâcher le parfum de cette douce matinée. Non, il faut que je détourne la situation. Que je contente les deux partis. Que j'avoue mes sentiments pour Caoimhe dans l'un, et continue de faire planer le mystère dans l'autre. Séduire tout le monde à la manière d'un politicien de carrière.

Je lorgne ma compagne et lui tends un clin d’œil complice.

Joue le jeu, tu veux ? lui chuchoté-je à l'oreille, ma joue frottant contre la sienne.

Je reporte mon attention sur la crinière enflammée de Ponyta ; sur le voyeurisme de la petite fille ; sur les remarques terre-à-terre du garçon à ses côtés.

Oui, nous sommes amoureux. Nous nous baladions dans les rues de Port-Mirage pour nous raconter des petits secrets et nous faire... des bisous.
Aaaaaaah, des bisouuuuus !

Elle tire la langue, dégoûtée, gênée, ignorante, jalouse. Je me pince les lèvres, colle une main devant ma bouche, creuse mes joues rouges, pouffe d'un petit rire innocent.

Vous aussi vous êtes amoureux ? Vous êtes si mignons ensemble.
Euh... euh ! Noooooon, beeeeurk !

Bingo.

Le petit garçon dévisage sa partenaire. Il tire une grimace explicite, le moral dans les chaussettes. Son sourire se décroche, tombe à ses pieds ; il essaye de le retrouver, fixant ses bottes, feignant de jouer avec un petit caillou devant lui.

Tu veux pas qu'on aille manger, Lily ? ...
D'accord !

Et ils rebroussent chemin, changent de sujet d'intérêt. D'abord Ponyta ; ensuite Caoimhe ; enfin le déjeuner. Les envies immédiats guident leur quotidien et ils le vivent très bien. Pourquoi ne pourrais-je pas adopter leur crédo ? Pourquoi suis-je si différent de leur façon de vivre au point d'en regretter le passé m'ayant forgé ?

Tu aimes bien venir à la maison ?
Ouiiii ! Elle est trop cool ta maman, on peut boire du soda quand on veut !
Haha... oui t'as raison...

A moment of silence for our fallen brother.

Je rappelle Ponyta dans son paradis virtuel, la range dans ma poche. Je me relève, tends mes mains vers Caoimhe pour l'aider à me rejoindre, lui souris gentiment.

Ils ont soulevé un bon point. Je prendrais bien une petite crêpe...

Je mets ma bouche en coin, jette un œil vers le ciel, succombe à la gourmandise.

Chantilly, pépites de chocolat, miettes de biscuit, boule de glace vanille, coulis de caramel. Dans une crêpe, oui. En cône. Parce que c'est ça aussi, Port-Mirage. Mais d'abord, il va falloir sécher tes larmes de Crocorible... ~

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