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Pas de cendres sans feu [PV. Nathaniel Miller] 05/06

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Sam 3 Juin - 17:18
PAS DE CENDRES SANS FEU


OST | The Rolling Stones - Sympathy for the Devil :
 

Un voyage express à dos de Drattak, ça n'a pas de prix. De Mirabèce à Terra Nova, j'ai littéralement traversé monts et marées à vol d'oiseau, à deux doigts de tendre le sa paume vers les nuages pour effleurer l'index de dieu. Je prends un pied qui restera dans les annales. Et ça n'a rien d'un vulgaire délire sodomite – bien au contraire.

Nathaniel guide notre vaisseau, les brides en main. Même si je ne suis pas aveugle : Drattak lui-même nous emporte vers l'île en sa compagnie, et seulement parce qu'il le souhaite. Et aussi parce que la mère du blondinet, sa dresseuse, le lui a demandé.

Certes.

Nous sommes donc deux voyageurs à bord d'un Pokémon extraordinaire qui pourrait tout aussi bien nous larguer en pleine mer au premier looping. Mais je ne panique pas. Non, non... Je suis maître de la situation. S'il fait un looping, JE sauterai.

Vite. Viiiiiite, je veux atterrir. Maintenant. Là, tout de suite. J'ai juste à fermer les yeux, et nous y serons. Un, deux, trois... Je rouvre les yeux ? Welp. Toujours pas. Toujours prisonnier entre les ailes du Drattak. Au milieu de nulle part. Où personne ne m'entendra crier. Hahahaha. Hahaha... ha. Kill me now.

Mais c'est pour la bonne cause. Nathaniel a enfin prouvé ses talents auprès des siens, et ces derniers l'ont envoyé résoudre une mystérieuse affaire de cendres et de Pokémon légendaire. Une histoire de crème dermatologique ayant des vertus rajeunissantes. Et surtout, d'incendies fulgurants ayant ravagé des hectares de forêt, d'où notre présence. Ou plutôt devrais-je : d'où notre déplacement.

On est bientôt arrivés ? J'ai envie d'aller aux toilettes.

Surtout, ne pas regarder en bas.

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Sam 3 Juin - 19:36
«Mh..» Le garçon penche la tête. Il ne sourcille même pas, totalement habitué à ce moyen de locomotion. En même temps, il n'avait même pas cinq ans qu'il voltigeait déjà dans les airs avec Gipsy. «Dix minutes, peut-être quinze. Je vois l'île, mais il va nous éviter de la marche et nous déposer au début de la route. Tu vas arriver à te retenir, non ? Sinon, tu peux toujours essayer en vol.»

Il sourit. C'est vrai, la perspective l'amuse : ça doit pas être simple, ça doit même demander un peu de doigté, mais il est certain que c'est réalisable. De son côté, il accorde une petite caresse au Drattak, comme pour lui dire que tout va bien sur son dos. C'est la meilleure chose à faire, surtout depuis qu'il l'a méchamment largué en plein milieu d'un champ après s'être trompé.

C'était pas cool, snif.

«Je vois la forêt, ou plutôt, ce qu'il en reste. On y est.» Il rapproche sa tête de l'oreille du dragon. «Tu peux nous poser à l'orée ? Si le Pyrax est toujours dans le coin, il doit surveiller le ciel. J'aimerais éviter qu'il nous tombe dessus dès le début. Surtout quand on voit son..»

Le blond fait une moue. «Oeuvre.. ?»

Tout est cramé, littéralement. Il a bien dû s'amuser, mais ça reste quand même sacrément dangereux pour les touristes. Et Arceus sait qu'il y en a des tonnes sur Terra Nova. Ils vont avoir du pain sur la planche.

En soi, c'est d'ailleurs pour ça qu'il a décidé de laisser Troy se joindre à l'expédition : c'est un type capable, et ils commencent à avoir un bon passif tous les deux.

Ils s'en sortiront, pas de soucis.

«Allez, piqué jusqu'en bas !» Le garçon se retourne avec un pouce vainqueur, le regard planté dans celui de son camarade. «Accroche-toi à ce que tu peux.»

C'EST PARTI POUR LES MONTAGNES RUSSES.
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Sam 3 Juin - 21:31
PAS DE CENDRES SANS FEU


OST | The Rolling Stones - Sympathy for the Devil :
 

Finalement, le trajet n'est pas si terrible. La nature est belle, vue de haut. Les gens nous paraissent minuscules, des fourmis brassant de l'air à une échelle superflue – une belle image, en y pensant, puisque leurs actions n'impacteront jamais rien de plus que leur petit quotidien, de la récompense immédiate au souvenir obscur qu'auront leurs petits-enfants d'eux. « Papi a fait la guerre ! C'est un héros ! » ; « Papi aimait les brocolis ! Mais pas le chou rouge ! ». Au bout du compte, seul l'abysse importe.

Car tu es poussière et tu retourneras dans la poussière.

Allez, piqué jusqu'en bas !

Euh, pardon ?

Accroche-toi à ce que tu peux.

J'agrippe la taille du blondinet à deux bras, lui compresse l'estomac à lui en renvoyer son petit déjeuner en trois fois sans frais, lui soulève le diaphragme à lui en couper la respiration façon apnée. Bref, je lui offre une mort digne des plus grands empoisonnés de l'Histoire, dresseur toxique que je suis. Lol. Et pendant ce temps, je ne vois pas la mer se rapprocher de plus en plus vite. Non, non. Moi, je suis dans mes pensées. En sécurité. On me dit même à l'oreille que je devrais songer à renforcer mon équipe si je souhaite prétendre à la gestion d'une arène « Poison ». Mais pour ça, il me faut davantage de pokéballs, ayant dilapidé mes dernières au volcan Vanora.

Le centre commercial de Médéa, peut-être ? Je devrais y faire un tour. Je dois toujours inviter Caoimhe à manger, un de ces quatre. La recette d'Hélène est parfaite pour l'occasion mais, hélas, les ingrédients ne se trouvent pas chez l'épicier du coin.

Autant les acheter au même endroit. D'une pierre deux coups. Ou plutôt : d'une sortie deux achats ! Ha ! ... Hm, ce n'est pas le même effet. Je crois que c'était un flop, même. Je devrais arrêter les blagues. Au fait, il se passe quoi de l'autre côté ?

Je rouvre les yeux.

DU SOL ! DE LA FORÊT ! DES CENDRES !

DU SOOOOOOOOOL !

Je lâche Nathaniel, éclaircis ma gorge, descends de notre monture, resserre ma cravate, époussette mon pantalon, dégaine mon paquet de chewing-gums, en gobe un.

Un flegme à toute épreuve.

Tu as un plan d'action ? Aujourd'hui, je suis ton élève.

Je promène mon regard aux alentours, m'accroupis vers un tronc calciné, passe mon index dessus, inspecte la cendre. Je n'ai aucune idée de comment dater l'accident, mais l'esbroufe est au rendez-vous. Enfin. Vu la fumée, l'accident est relativement récent. Relativement. L'adverbe pour tout et rien dire à la fois. Par-fait.

Au fait, tu as des pokéballs en rab ?

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Sam 3 Juin - 22:09
PUTAIN IL S'EST VENGÉ SUR SON VENTRE LE CON.

C'est pas très gentil. Snif.

C'est dommage. Le piqué n'était pas piqué des hannetons. Mais il aurait pu être bien mieux si lui n'avait pas subi une liposuccion en plein vol. Douze sur vingt, à refaire, mais en attachant Troy à la queue de Gipsy cette fois.

Sans mauvais jeu de mot.

«Alors déjà oui, et ensuite, oui.»

Il pose son sac à dos par terre.

«Je suis abonné à la Wills Corp, de base c'est pour les professionnels, mais comme j'entretiens des bonnes relations avec la famille, j'y ai droit aussi. C'est cool, je suis jamais en rade de pokéballs grâce à ça.»

Le garçon sort un petit paquet de boules. Si ça le dépanne, tant mieux, c'est pas comme s'il en avait besoin, lol.

Maintenant, il a un capstick. Et il doit bien faire attention à le montrer à tout le monde.

Tout le monde.

«Tu peux y aller, Gipsy ! Merci pour tout, on se débrouillera pour rentrer.» Il caresse le cou du dragon, qui ne perd pas de temps pour s'envoler. Il a du pain sur la planche, lui aussi.

Nath pose ses mains sur ses hanches. La classe à la ranger, avec l'uniforme qui va avec et tout.

«C'est simple, j'ai les conteneurs dans le sac, donc on va récupérer les plus belles cendres. Pas trempées, de préférence, avec une belle couleur, tout ça. Honnêtement, cet aspect-là de la mission je m'en fou un peu, c'est pour les scientifiques, et je suis pas là pour eux.»

Il dévoile un petit sourire, presque vicieux.

«Normalement, le Pyrax devrait nous tomber dessus pour nous incinérer vivant. S'il est toujours dans les parages. Cette espèce est pas connue pour faire des cadeaux aux humains, mais celui-ci a l'air particulièrement agressif, donc si tu le rencontre, redouble de prudence et évite le combat.»

Main en visière, le garçon balaye les lieux du regard.

«Et puis..» Il fronce les sourcils. «Essaye de le rabattre vers moi, au moins. Mais ça serait mieux qu'on reste ensemble. On verra bien ! L'important, c'est que je puisse le calmer. Les Pyrax ont beau être territoriaux, hautains et tout ce qui colle avec un pokémon quasi-légendaire, ils ne brûlent pas des territoires pour le fun. Celui-là doit avoir un problème.»

Il sourit.

«Et ça, c'est mon boulot. Des questions ?»
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Sam 3 Juin - 23:15
PAS DE CENDRES SANS FEU


OST | The Animals - The House of the Rising Sun :
 

Le blondinet fait apparaître cinq pokéballs dans son sac magique. Il prétend ne plus en avoir besoin depuis l'acquisition de sa baguette magique. Il ne manquerait plus qu'une assistante peu frileuse et un Laporeille complice pour improviser un spectacle.

Je plonge ma main dans la poche de mon pantalon, agrippe tout ce qu'il me reste en monnaie pour lui rendre la pareille. Quarante, quarante-et-un, deux, deux cinquante, soixante, soixante-cinq... Ok, le compte est bon. Quarante-trois pokédollars et des brouettes. Soit moins du prix d'une seule chambre d'hôtel Pokémon en libre service.

Je prends la main du gosse et lui impose le tout.

Tu peux garder la monnaie.

This has been the best trade deal in the history of trade deals, maybe ever.

Je range mes pokéballs dans la poche intérieure de ma veste de costume, toutes miniaturisées. Pratique, comme abonnement. Wills Corp ? Il faudrait que j'y jette un œil. À force de crapahuter aux quatre coins de Mhyone pour trouver matière à composer une équipe décente, ma réserve de pokéballs va brûler vitesse grand V.

Et c'est plutôt drôle, vu que nous sommes dans un champ de cendres.

Nathaniel m'explique sa mission, les détails de la mission, et les détails des détails écrits en tout petit dans son contrat de Ranger. Au programme : récolter des cendres pour les scientifiques et leur crème miracle ; attirer le Pyrax en faisant de la danse de la pluie – ou plutôt, celle du feu ; puis dompter le pyromane vengeur pour découvrir le fin mot de l'affaire. Et ça, c'est son boulot. Des questions ?

...

Ah. Mince. La question, c'était pour moi.

Non monsieur !

Je me dresse comme un pic, joins mes pieds, lève ma main jusqu'à ma tempe, adresse un salut militaire au blondinet. Soldat O'Bowen au rapport. S'il faut y laisser sa peau pour sauver cette région damnée, alors j'y laisserai ma peau ! Mais nous n'arriverons pas à de tels extrêmes. Ces promesses ne sont là que pour le moral.

Y a-t-il un moyen d'attirer son attention ? Faire du bruit, peut-être. Désolé, je n'y connais rien en Pyrax. Je suppose qu'il protège son territoire.

Je dégaine mon téléphone, lance le Poryweb, vérifie les informations internationales sur ce Pokémon quasi-divin. Pyrax, Pokémon Soleil. Rien que ça.

« Quand il se bat, il fait pleuvoir des écailles enflammées de ses six ailes et transforme les alentours en mer de feu. » ; « On dit que quand le ciel s'est obscurci à cause des cendres d'un volcan, le feu d'un Pyrax aurait remplacé le soleil. »

Je vois...

Je range mon portable, fronce mes sourcils, serre ma mâchoire.

Notre Pyrax aurait-il un rival dans les parages ? Si nous trouvons le Pokémon capable d'affronter une telle force de la nature, nous pourrions imiter son cri et appâter notre cible. Quitte à emprunter une paire d'enceintes au village voisin.

Je promène mon regard sur la mer de cendres, plisse les yeux pour trouver un filon extraordinaire. Quelques tas se détachent de l'ordinaire, des particules rougeâtres semblables à des braises encore chaudes s'y distinguant ; mais le plus gros de la forêt carbonisée est hélas noire – noire de désintérêt absolu.

Mais en attendant, récoltons des cendres.

Je saisis un pot et capture aussitôt ma trouvaille.

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Dim 4 Juin - 1:21
«Un rival ? Bah, euh, pas trop, non. C'est-à-dire qu'il était vénéré comme un dieu à Unys, et qu'en général il vit près des volcans pour ne pas être dérangé. Autant te dire que y'a pas grand-chose qui puisse lui tenir tête. A part un autre Pyrax ? Mais j'ai jamais entendu parler de luttes de territoire entre ces trucs-là.»

Il hoche la tête, deux fois.

«Mais maintenant que j'y pense, il est un peu loin de Vanor-..» Le garçon lève la tête. «Hey, attends moi !»

Le blond hausse le pas jusqu'à son camarade. Putain, quand il est parti, Troy, il déconne pas. De toute façon, ils n'auront qu'à s'occuper du Pyrax quand il se pointera, et puis voilà. Ça leur laissera le temps de s'occuper de leur tâche secondaire.

Alors, trop cool, ils se mettent à ramasser.

«N'empêche, c'est fou la puissance des flammes qu'il peut relâcher. Tu penses qu'elles font combien de degrés ? DIX MILLIONS ?»

Il prend une bonne poignée de jolies cendres et les place dans son conteneur.

«Ça doit être..» Il ferme les yeux. «Atchoum !»

Le garçon se frotte le visage, hagard. «Cha rentre dans le nez, ch'est horrible..»

Et là, une ombre.

Très rapide.

«Il y a un truc qui est passé au-dessus de nos têtes, non ?»

Il lance un regard à Troy, perplexe.

«Un truc gros, genre..»

Mais non, pas le temps d'y réfléchir. Pas le temps de penser. Une grosse bouffée de chaleur, et avant même qu'ils puissent dire un mot, un torrent de flammes se dirige vers eux depuis la partie ouest de la forêt. Une trombe flamboyante dont l'unique vue suffirait à tétaniser n'importe quel être normalement constitué.

Nathaniel, maître de ses mouvements, gueule à gorge déployée à son camarade de plonger au sol.

Il se plaque contre la cendre, alors que le feu lui rase le dos et lui brûle légèrement la peau.

Il halète.

Et alors que l'attaque est terminée, que le calme reprend ses droits, il jette un regard à son coéquipier.

«Troy ? Tu vas bien ?!»

Le monstre de chaleur, quant à lui, semble d'ores et déjà avoir disparu.
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Dim 4 Juin - 2:45
PAS DE CENDRES SANS FEU


OST | The Animals - The House of the Rising Sun :
 

Et d'un pot rempli. J'en ai mis la moitié à côté, mais le cœur y est. Et puis, ce n'est pas comme si la cendre se raréfiait dans les parages ; j'ai l'impression d'évoluer dans un cliché monochrome datant du siècle dernier. Et le pire, dans cette affaire, est que ma chemise blanche se tâche facilement. Il suffirait d'un coup de vent pour...

Nathaniel éternue. Je l'agresse du regard.

Coup d’œil sur ma chemise : plus de peur que de mal. Je repasse ma cravate d'une main, déboutonne ma veste, me retourne vers Monsieur Hyperbole en personne.

Un petit millier de degrés Celsius, à tout casser. Pour que tu te fasses une idée, le corps d'un Magmar peut atteindre mille cinq cent degrés. Soit, à quelques centaines de degrés, la température de la lave. Mais ça suffit amplement pour carboniser un homme. Ou une forêt. Ou une ville côtière basée sur la pêche. Ce genre de choses.

J'empoigne un second flacon, inspecte les environs le dos voûté pour trouver le tas de cendres parfait. Pas de simili-braises en vue ; je me résigne sur la sous-marque sans prendre de gants, immergeant le récipient directement dans la poussière.

Il y a un truc qui est passé au-dessus de nos têtes, non ?
Un nuage ?
Un truc gros, genre...

Ses yeux s'écarquillent. Ses lèvres s'entrouvrent. L'effroi le paralyse un instant. Une lueur orangée danse au coin de son œil droit. Ça se rapproche. Vite. Très vite.

Nathaniel me hurle de me jeter au sol.

Pas le temps de réfléchir.

Je m'exécute.

Une vague chaleur manque de me percuter sur son chemin. Je relève la tête ; mes yeux capturent la vague ardente continuer sa route et faucher toute once de vie devant elle. Des arbres carbonisés subissent une seconde caresse et se couchent net.

Et puis, le calme.

Un vent d'air frais caresse ma peau.

Nathaniel croise mon regard, affolé, l'inquiétude au premier plan. Je me contente de le fixer, déglutir, remettre mes idées en place. Je me concentre, éveille mes sens, ordonne à tous membres et orteils de bouger. Rien de cassé. Rien de brûlé. Je promène ma semi-conscience aux alentours : aucune flamme ne dévore les vestiges de la forêt. Il n'y a plus rien à dévorer. Pas une feuille. Pas une touffe d'herbe. Pas un tas d'humus en décomposition. Les deux seuls candidats au poste de bûcher ardent ont eu la jugeote de se plaquer contre le sol, dans un élan de clairvoyance.

Mais tout le mérite revient à Nathaniel. Le blondinet vient de me sauver la vie et celle de mes futurs enfants. Là, en une seconde. Le temps de cligner de l’œil une fois.

Je lui serais éternellement redevable.

Troy ? Tu vas bien ?!
Je...

C'était quoi, ça ? Comment peut-on laisser de telles abominations en liberté ? Aucune fortification humaine ne saurait contrer cet assaut éclair venant des cieux. Une pluie de feu, une averse de flammes, un déluge infernal. Et l'on envoie un Ranger ayant tout juste récupérer son Capstick pour mettre une muselière au Pyrax ?

Je me retourne sur le dos, dévore le ciel sans nuage du regard. Je n'ose pas regarder l'état de ma chemise et n'espère aucun miracle. Dans ce genre de situation, il vaut mieux profiter des petites satisfactions. Et parmi celles-ci, je ne sens pas la cendre salir mon dos nu – la frappe aérienne n'a pas arraché l'arrière de mon costume.

Ça pourrait aller mieux...

Je pose un coude sur le sol, relève mon genou, m'appuies sur une semelle, penche mon corps, m'aide d'une main, tends mon bras, me redresse difficilement.

Il faut s'en occuper... au plus vite. On ne peut pas risquer la vie d'innocents.

Je me retiens de tomber grâce au squelette d'un arbre. Son écorce s'effrite au toucher. J'y colle mon épaule, me fiche de l'avenir à long terme de mon costume. Il y a un temps pour le confort et un autre pour la survie ; et nous sommes en plein dedans.

... Tu parlais de Vanora ? J'y suis allé il y a quelques jours, et je peux t'assurer de n'avoir vu aucun Pyrax en liberté. Mais maintenant qu'on en parle, il y a un mois, lors de ma première escapade au volcan... j'ai aperçu une silhouette similaire.

Je plonge ma main à l'intérieur de ma veste, y sort trois pokéballs. J'invoque leurs hôtes l'un après l'autre, d'Ectoplasma à Crabagarre, en passant par Nidoqueen. Je désigne les cieux de l'index ; mon cœur tambourine contre ma poitrine noircie.

Danse-pluie.

Aussitôt ordonné, aussitôt exécuté ; mon équipe dévoile ses talents mystiques pour tirer la couverture nuageuse vers elle. Le bleu s'assombrit. Le gris se noircit. Il suffit d'une poignée de secondes pour qu'une première goutte percute mon front.

Ça diminuera la puissance de son attaque, me justifié-je auprès de Nathaniel. L'aller a déjà fait assez de mal. Nous pourrions ne pas survivre au retour.

Je renvoie Ectoplasma et Crabagarre dans leurs chambres ; Nidoqueen me tiendra compagnie en cas d'un retour de bâton. Si le Roi Soleil décide de pointer le bout de son joli nez, je n'hésiterai pas à l'abattre sur le champ. Ranger ou non.

Prépare-toi à lancer Dracochoc à tout moment, Rina.

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Dim 4 Juin - 12:10


Nathaniel pousse un soupir de soulagement.

«Oui, tu as raison.»

Le garçon fronce les sourcils. Cette attaque de flammes, aussi meurtrière qu'elle pouvait paraître, ressemblait plus à un avertissement qu'autre chose. Le Pyrax s'est bel et bien établi dans les parages, et il n'est pas disposé à laisser pénétrer des inconnus sur son domaine.

Si ça avait été une véritable attaque, ils seraient morts. Sans aucun doute.

Il lève le menton, et apprécie les quelques gouttes de pluie qui lui rafraîchissent le visage. Ça ne suffira pas à arrêter la folie meurtrière du dieu soleil, mais ça pourra au moins leur éviter une combustion spontanée.

Bien pensé.

«Ok, on avance, pas de temps à p-..»

Un cri d'homme, dans le lointain. Puis un deuxième, différent. Sûrement un groupe. Les touristes ne sont pas rares aux alentours du volcan, il y a des tours spécialement prévus pour ça, mais ils n'ont peut-être pas été prévenus de l'incident.

C'est mauvais.

«Troy, faut qu'on se bouge ! Ils risquent de se faire cramer !»

Le ranger tape un sprint vers l'est, l'origine du son. D'accord, son rôle est de protéger l'écosystème, mais pas question de laisser des innocents se faire attaquer par un pokémon aussi dangereux. Ça pourrait mal finir.

«Là-bas !!»

Un homme, assez grand, étalé contre un arbre. Son bras gauche est noirci, presque carbonisé, et il semble haleter. Il est mal en point. Le garçon se précipite à sa rencontre et commence à lui parler, à le rassurer. Les cendres, trempées par l'averse, forment une bouillasse inconsistante, et chaque goutte d'eau semble soulager la peine du malheureux.

Il ne faut surtout pas qu'il perde connaissance.

Nathaniel se tourne vers son camarade.

«Il est mal, très mal. Appelle les urgences, je vais essayer de faire de mon mieux, de mon côté.»

Pas de temps à perdre. Il attrape sa bouteille d'eau, son unique bouteille d'eau fraîche, et lui verse généreusement sur le bras pour calmer la brûlure. Ça ne sera pas miraculeux, mais au moins, ça pourra calmer la douleur.

Un peu.

«Vite..» L'homme entrouvre la bouche. De son bras valide, il pointe l'est. Toujours l'est. «Il poursuit les autres..»

«Merde. Combien ?!»

«Trois..»

Nathaniel se mord la lèvre. Ça pouvait difficilement être pire, comme situation. Mais pas le choix, il faut aviser : il commence par libérer Noisette de sa pokéball, et lui intime de rester aux côtés du blessé. Il ne peut pas le laisser seul dans tout cet enfer.

Mais ils doivent sauver les autres.

«C'est bon, Troy ?!»
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Dim 4 Juin - 13:20
PAS DE CENDRES SANS FEU


OST | King Arthur - Riot and Flames :
 

Un homme appelle à l'aide, chatouillé par la souffrance. Ses entrailles se déchirent ; ses cordes vocales aussi. Le zèle du vol en rase-motte du Pyrax a happé une proie, en fin de compte. La situation s'envenime. Le temps nous échappe.

L'impuissance me monte jusqu'aux tempes.

Nathaniel se presse de rejoindre le danger. L'État incite chaque civil à s'éloigner le plus loin possible d'une explosion ; mais lorsque l'on assume le titre de Ranger, il est de rigueur de braver les règles de sécurité au profit de celle du peuple.

Là-bas !!

Une effigie calcinée a été épinglée sur la dépouille d'un arbre. Plus nous approchons, mieux la silhouette de l'épouvantail se distingue ; j'y distingue une grimace de douleur défigurant le visage d'un grièvement brûlé, son bras sacrifié au dieu du feu.

Il puise dans ses forces pour s'éviscérer le ventre, vomit ses derniers vœux sur nos bottes en se sachant condamné à mort. Nathaniel s'abreuve de ses dernières paroles, sa bible ouverte d'une main, un dictaphone dans l'autre ; et me commande de fouiller dans mon chapeau magique à la recherche d'une solution miraculeuse.

Je dégaine mon portable.

Une seule barre de réseau.

Je m'en occupe, dis-je d'une voix enjouée pour éviter d’aggraver le cas du blessé – le moral et l'effet pervers Placebo ont bien des conséquences sur le corps humain.

Je compose les deux chiffres des urgences, m'éloigne d'un pas, parcours les cieux du regard en cas d'avant-goût de l'apocalypse. Pas de réponse. Pas de signal. Ma pitié m'oblige à jeter un œil au condamné ; la pluie trace des sillons sur son visage couverte de cendres, semblables à ceux laissés par des larmes sur du mascara.

C'est peine perdue.

Ça ne répond pas. Il va falloir le transférer à la ville la plus proche.

Je raccroche, change instantanément de plan, récupère une pokéball. J'invoque Ponyta au bout d'un éclair lumineux ; elle porte son regard au loin, se fiche du carnage ambiant, joue la belle. Mais j'ai l'habitude de son comportement, et quelque chose est en train de jurer avec son personnage. Quelque chose dans ses yeux...

Une lueur d'inquiétude.

J'ai besoin de toi. Tu vois cet homme ? Tu dois l'emmener à Port-Lilas le plus vite possible. Tu connais déjà le chemin, on y avait fait un tour pour Rina. Tu te souviens ?

Elle racle la cendre de son sabot.

Surtout, fais en sorte qu'il ne s'endorme pas. Et qu'il ne tombe pas. Noisette t'accompagnera sur le chemin pour éviter tout problème. (Je me retourne vers Nidoqueen.) Rina, aide-le à s'installer sur Eachna. Le temps presse.

Et elle s'exécute. Le malheureux gémit de douleur lorsque la colosse le soulève, l'enlace ; il se tient le bras, serre les dents, s'empêche de crier ; puis agrippe le cou de la monture incandescente comme il peut, se couchant à moitié sur elle.

Les flammes ne te brûleront pas. Tiens-bon jusqu'à la ville, l'ami.
... Sauvez-les...

Noisette et Eachna fuient vers l'horizon. Je me retourne aussitôt vers Nathaniel, savoure son impatience de rejoindre l'est, le corps déjà tourné vers le point cardinal. J'emboite son pas et me presse aussitôt, commençant à trottiner à vive allure.

Il préviendra les secours d'envoyer une équipe sur place, lancé-je en pleine course. Nous n'avons plus qu'à nous concentrer sur le Pyrax et le neutraliser une bonne fois pour toutes ! Quitte à y laisser des bouts de notre âme dans la lutte.

Ma purge de nicotine se fait déjà ressentir. Je redécouvre ma forte d'antan, dans les rues de Céladopole, à crapahuter entre ses rues. Un terrain de jeu en trois dimensions où les toits se profilent comme des extensions de la ville, mon double du passé fuyant des gros bras bien trop balourds pour ne serait-ce qu'attraper mon ombre.

Ça faisait longtemps. Je reprends goût à la vie, à ses plaisirs. Aux bienfaits du sport sur la santé, l'organisme. J'ai coupé les ponts avec le cancer et ne désire plus jamais lui adresser la parole, même pour prendre des nouvelles le premier de l'an.

Nous traversons tout un pan de forêt ; et arrivons à l'orée du bois.

Mais pas le temps de nous reposer : ils sont .

Nathaniel, à droite !

Trois silhouettes humaines, dont une à terre. Des formes complexes s'agitent à leurs côtés, des lueurs mystiques émanant d'elles. Et au loin, tout en haut dans le ciel, si près des nuages, si près du soleil, une ombre se rapproche dangereusement.

Rina, Dracochoc ! Prépare-toi à l'abattre en plein vol !

Une tâche surhumaine, drastique, impossible. Mais on ne peut se baser que sur la chance lorsque le diable en personne a décidé de revenir sur terre.

Une lumière violette grossit dans la gueule de Nidoqueen.

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Dim 4 Juin - 14:50


Un laser d'énergie transperce le ciel. L'énorme Pyrax est perturbé dans son vol, il virevolte et ne retrouve son équilibre qu'à quelques mètres du sol. Ses grandes ailes se déploient tout en envergure, semblables à une rosace de flammes : cette fois, il n'y aura pas de deuxième chance.

Les grands appendices s'illuminent. Danse Flamme. Des feux follets tournoient autour de la créature, jusqu'à former une ronde indescriptible, quasi-divine. Les flammes grossissent, elles s'étalent sur le périmètre et forment une véritable arène, dont un seul parti pour s'échapper vivant.

«Il nous a piégé..»

Le garçon attrape sa pokéball. Dans un grand fracas, il libère sa Wailord près des malheureux. C'est compliqué : elle ne peut pas attaquer dans cet environnement, et encore moins se mouvoir. La seule chose dont elle soit capable, pour le coup, c'est de se défendre. Et la priorité, c'est les civils.

«Protège-les des flammes !»

Des rayons de soleil lui caressent la peau. Mais..

Merde, Zénith. Il veut mettre toutes les chances de son côté, on dirait.

Nathaniel attrape son capstick. C'est déroutant, peut-être même effrayant, mais s'il y a bien quelqu'un qui ne devrait pas reculer face à ce genre de situation, c'est bien lui, non ? Il a déjà vécu des choses similaires.

Il a déjà senti le frisson.

Alors il doit se contrôler.

Le garçon se mord la lèvre, jusqu'au sang. C'est bon, ça va aller.

«Comme tu dis, Rina va devoir l'affronter. Il est trop enragé pour que je puisse tenter quoi que ce soit, on doit l'affaiblir.»

Mais ils doivent faire attention. C'est un pokémon sauvage, il attaque donc à vue : rien n'exclue qui les visera eux plutôt que le Nidoqueen, et dans ce cas-là, Ananas ne pourra pas les protéger des flammes. Ils doivent être prudents.

«Il arrive !»

Pas des flam-..

Le garçon plaque ses mains sur ses oreilles. Un bruit strident lui fend les tympans, une douleur inconcevable : une attaque Bourdon dirigée sur tout ce qui bouge. Le son lui donne envie de vomir, il se sent partir, et perd l'équilibre.

Il tombe à genoux.

Que cela cesse.
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Dim 4 Juin - 15:52
PAS DE CENDRES SANS FEU


OST | The Beast Of Beauclair - Witcher III :
 

Pyrax ouvre une porte sur les enfers juste sous nos pieds. Des flammes nous encerclent, lèchent notre dos, nos membres, notre peau ; l'air se réchauffe et amplifie le feu à deux mètres de hauteur, nous coupant de toute retraite. Et au milieu de l'arène, perché dans les nuages, le Pokémon céleste brille comme un millier de soleils, battant des ailes, nous jaugeant du regard. Il fixe Nidoqueen sans aucune expression sur le visage, mais ce silence, cette impassibilité, suffit à tout discours.

Pyrax veut se venger.

Il arrive !

L'insecte incandescent tombe en piquet depuis les cieux. Nous sommes condamnés. Nathaniel ordonne à son Wailord de nous protéger derrière une gigantesque salve d'eau ; je pointe du doigt notre ennemi céleste et implore Nidoqueen de l'abattre.

Mais, cette fois, ce ne sont pas des flammes qui émanent du corps du Pyrax.

Mais un bourdonnement qui erre dans les parages, voltige d'une oreille à une autre, vibre d'une fréquence inconnue. Un sifflement guttural. Un grognement strident.

Je m'écroule au sol. Mon instinct de survie m'abandonne. Je me recroqueville sur moi-même, m'enfonce dans un long tunnel sans lumière, écrase mes tempes entre mes bras. L'ultrason continue. Mes tympans souffrent, entrent en résonance, manquent de se percer. La douleur me dompte, me fustige l'échine. Je crois hurler à la mort mais ne m'entends pas. Mes autres sens profitent de l'appel d'air pour s'amplifier ; un relent de brûlé m'assaillit les narines ; un goût de fer souille ma langue desséchée ; ma tête subit mille six cent tours minute ; les ténèbres de mes paupières fermées m'aspirent.

Je ne peux rien faire.
Je ne peux rien faire

Je ne peux rien faire
Je ne peux rien faire.

Je ne peux rien faire.

Et pourtant, le chaos règne en maître dans l'arène. Mes nerfs captent des vagues de chaleur et de froid émaner de toute part ; des tremblements dantesques arrachant les entrailles de la terre ; une odeur familière de poison se répand dans les airs.

Le bourdonnement précède aux acouphènes. Les acouphènes précède au silence. Je pose une main sur le sol, rouvre les yeux, respire de l'air surchauffé. Mes poumons me brûlent. Je rampe sur le côté, écorche mes genoux, racle mes coudes.

À cinq mètres de moi, Nidoqueen lutte contre une force titanesque, les yeux rouges, le bec grand ouvert, d'innombrables attaques émanant de sa gueule. Le sol s'est fissuré autour d'elle, un fluide rougeâtre suintant des brèches pour les colmater.

De la lave.

Je cherche Nathaniel du regard. Plisse les yeux. Distingue sa silhouette à l'autre bout de l'arène. Que s'est-il passé ? J'inspecte les environs, la position du Wailord, des survivants en détresse, de Nidoqueen en plein combat. Et puis, une vive douleur m'attaque le flanc, lancinante comme un coup de surin. J'y porte ma main. Serre les dents. Comprends très vite ce qu'il s'est passé durant mon moment d'absence.

Une côte cassée.

Et un vol express à travers le champ de bataille.

Je vois Nathaniel me faire de grands gestes. Je vois ses lèvres bouger. Je vois son inquiétude dans ses yeux d'éphèbe. Mais s'inquiéter de quoi ? Je ne sais pas ce qu'il se passe. Je me contente de me trainer en arrière, profite de ma surdité pour gémir de douleur sans en avoir honte, me concentre sur le contrôle de ma douleur.

Pyrax s'écrase devant moi, une aile complètement gelée.

Nidoqueen s'avance. Les yeux rouges. Une patte sur son adversaire.

Sa gueule se gorge d'une lueur violette. Noire. Rouge. S'amplifiant à vue d’œil. À moins d'un mètre de l'insecte et de son dresseur. La lumière aspire ma conscience. Je ferme les yeux. Vidé. La douleur me pourfend. Plus rien ne m'importe à présent.

Nidoqueen ne m'écoutera pas.

Je suis un homme mort.

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Dim 4 Juin - 21:15


Pas le temps. Pas le temps. Pas le temps.

Il n'a pas une seule putain de seconde pour réfléchir !

Si il laisse Nidoqueen faire, ils portent un coup décisif au Pyrax et ils gagnent, mais si justement il laisse Nidoqueen faire, Troy risque de mourir.

S'il l'empêche, le dieu du feu est libre. Et ils meurent tous les deux.

Merde. Merde !

«Réveille-toi !»

Il empoigne son capstick et tape un sprint vers le champ de bataille. Ça brûle. L'air brûle. L'atmosphère est brûlante, et sa tête lui fait atrocement mal : le bourdonnement est terminé depuis quelques minutes, et pourtant, il continue de résonner dans sa tête. Encore, encore, et encore.

«Bouuuuge !»

Nathaniel lance son attaque. Il enserre le Nidoqueen à l'aide du rayon blanchâtre, d'un tour, puis d'un deuxième, et d'un troisième. Il fait ça avec une dextérité exemplaire, bien plus précise encore que lors des entraînements : c'est adrénaline. Une vie est en jeu.

«Rina, protège Troy !»

Pas le choix. Elle s'élance vers son dresseur pour l'empêcher d'être blessé davantage. Le Pyrax, quant à lui, profite du moment de répit pour s'élever dans les cieux et lancer une attaque Canicule bien placée.

Droit vers le Nidoqueen.

Le pokémon poison subit. Il subit. Mais les ordres sont clairs, et avec une telle chaleur, impossible de riposter.

L'arène de feu s'estompe, le calme s'installe. Des battements d'ailes, au loin : le monstre s'est enfui vers le volcan, et à première vue, il compte se réfugier dans une espèce de cavité. Peut-être une grotte.. ?

Peu importe ! Nathaniel accoure jusqu'à son camarade.

«Rien de cassé ? De brûlé ? De déchiré ? Tu vas bien, j'espère ? J'ai fais ce que j'ai pu, mais..»

Mais ce n'était pas suffisant.
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Lun 5 Juin - 7:39
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OST | The Witcher 3 Blood and Wine - Investigation :
 

La chaos impose son rythme à la scène. Les deux colosses s'affrontent, Nathaniel agite sa baguette magique, Pyrax s'envole et active son septième sens. Nidoqueen subit le sortilège du blondinet et se calme, lobotomisée, les bras écartés devant moi, encaissant un déluge de chaleur, de feu rutilant, de poix enflammée, de suie corrosive, de lave en ébullition, de sueur rutilante. Mon ange gardien s'écroule à mes côtés, aucune étincelle de vie dans ses yeux mornes. Je la contemple. Si belle. En paix. Et la remercie. L'enlace. M'accroche à sa dépouille comateuse comme un naufragé à son morceau de pont. J'aperçois Nathaniel du coin de l’œil, Capstick en main. Il débite des paroles inaudibles. Je n'entends qu'un mince filet strident au creux de mes tympans, le genre de gargarisme qu'un robinet à faible débit peut cracher ; ou, plus raccord à la situation, le genre de son que l'électrocardiogramme d'un cadavre peut siffler.

Je plonge ma main dans ma veste, récupère la geôle de Nidoqueen, l'y enferme jusqu'à rejoindre les secours. Mais la mission n'est pas terminée. Pyrax s'est enfui vers les hauteurs de Vanora, à l'opposé de toute civilisation. Désolé, Rina, mais tu devras t'asseoir sur ta douleur pendant quelques heures. Je ne peux pas faire autrement. Si nous ne nous occupons pas de ce danger mortel, davantage d'innocents y laisseront leur peau ; et toi-même tu n'autoriserais pas ce genre d'atrocités.

Putain.

Je la pense déjà morte, à lui parler dans son sommeil, dans l'espoir qu'elle m'entende. Mais la vérité est que nous faisons cela pour nous réconforter nous. Pour avoir l'impression que notre ami, notre conjoint, notre parent, fait encore partie de notre monde. Qu'il ne nous a pas abandonnés. Que l'on peut continuer à vivre sans peine.

L'hypocrisie humaine.

Je me relève. Me tiens le flanc. Grimace de douleur.

Je n'entends plus rien, avoué-je à un débit incertain, peut-être trop haut, peut-être trop bas. Va t'occuper des victimes le temps que je reprenne mon souffle.

Mon genou retombe au sol. J'encaisse la chute la mâchoire serrée, les gencives à l'air ; et m'aide d'une main ferme contre la cendre encore chaude pour m'élever une nouvelle fois. Je ne dois pas faire de gestes brusques. Ma côte fêlée risque de me percer un organe, m'offrant un billet pour l'au-delà sans passer par la case hôpital.

J'invoque Ectoplasma et mon paquet de cigarettes d'urgence. Les deux me seront utiles pour la suite. Le spectre apparait devant moi, me juge d'un regard imposant, inquisiteur, me demandant pourquoi je ne lui ai pas demandé de l'aide plus tôt ; le tabac s'embrase et englobe mes poumons, apaise ma douleur, occupe mon esprit.

Je m'accroupis sur le sol, rassemble un tas de cendres, y passe mon index.

Pyrax. Blessé.
Fuite. Volcan.
Chasse.

Ectoplasma hoche la tête, les bras croisés. Mon ombre recouvre la cendres, se déforme, laisse apparaître une phrase à la syntaxe primitive dans son manteau.

Maître. Repos.
Ectoplasma. Chasse.


Et à ces mots, il me tend une poigne ferme pour m'aider à me relever.

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Lun 5 Juin - 16:05
«Ok.»

C'est vrai, il a raison. Allez ! Un peu de courage. L'important, c'est qu'il ne soit pas gravement blessé.

Nathaniel se dirige vers les touristes, tous aussi apeurés qu'un Chenipan acculé, mais sains et saufs.

Pour la plupart.

Ils ont subi l'attaque Bourdon de plein fouet, tout comme lui, et n'importe qui y perdrait des plumes. C'était l'enfer, après tout. Parmi eux, un gamin qui convulse, une jeune femme terrifiée et un autre homme de la trentaine, le regard vide : pas étonnant, ils devaient s'attendre à une balade de santé. Pas à un véritable champ de bataille.

«Vous êtes guide, je suppose ?»

Le bougre lève la tête, hagard.

«Oui..» Il baisse le menton. «Mais j'ai mal fait mon boulot, semblerait t-il. Ahah..»

«Rassurez-vous, la présence du Pyrax sur les lieux est exceptionnelle. Vous n'avez rien à vous reprocher.» Il doit être conciliant. Qui d'autre, sinon ? «Plus important, l'enfant n'a pas l'air bien.»

La femme, jusqu'ici muette, prend la parole. «Oui, c'est mon petit-frère. Il a très mal réagi au son de tout à l'heure, il a du mal à respirer..» Elle se mord la lèvre. «Et papa qui a disparu, je..» Puis éclate en sanglots. «Je sais pas quoi faire..»

«Pas d'inquiétude, tout va bien se passer. Les secours arriveront sous peu, et votre père est entre de bonnes mains. Il a été brûlé gravement, mais sa vie n'est pas en danger. Tout ce que vous avez à faire, c'est attendre qu'on vienne vous chercher. Reposez-vous.»

«Je vois..»

L'homme hoche la tête. «Merci.»

Nathaniel se relève. Il leur inflige le classique combo sourire-pouce vainqueur.

«On s'occupe de tout !»

Et puis il se dirige vers son camarade. C'est bon ! Encore un petit effort, et ils pourront mettre un terme à tout ça. Courage, courage. Courage.

«Troy, j'ai deux solutions pour toi. Moi, j'ai eu la chance de bien résister à l'attaque. Mes oreilles vont bien. Par contre, tu es sacrément mal en point, et tu risques de me ralentir ou de te faire tuer. Choisis : tu peux rester ici et attendre les secours, ou m'accompagner jusqu'à la grotte.»

Le garçon se mord la lèvre.

«Je peux très bien le faire tout seul.»

Mais il risque d'y perdre quelque chose. Si ce n'est pas tout.

«Je ne te met pas la pression, c'est sérieux. Tu n'as qu'à y réfléchir, moi j'y vais.»

Nathaniel tourne les talons. C'est rare, qu'on le trouve comme ça : décidé, professionnel..

Sans peur ?

Probablement pas.

Mais c'est ça, le devoir d'un ranger. Le garçon fait rentrer sa Wailord dans la pokéball : elle a bien agi, mais maintenant, elle doit se reposer. Ce n'est pas le genre d'environnement où il devrait la relâcher. Il n'avait pas le choix.

Alors il marche, sans attendre Troy. Il décidera de lui-même, et puis voilà. Il marche, il marche. Qu'est-ce qu'il va pouvoir utiliser contre ça ? Pamplemousse ? Non, il est trop stupide. Il n'est pas prêt pour mettre sa vie en danger. Cacao, alors ? Trop faible.

A tous les coups, il va devoir compter sur lui, et lui seul. Mais c'est pas plus mal.

Le garçon se plante devant la grande cavité : une odeur de souffre, une chaleur insupportable. Pas de doute, c'est là. L'antre du démon.
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Mar 6 Juin - 17:09
PAS DE CENDRES SANS FEU


OST | The Witcher 3 Blood and Wine - Investigation :
 

Nathaniel revient vers moi, délaissant les survivants à leur propre sort. Les trois se prennent en charge, se réconfortent ; je décrypte l'expression de leurs visages et n'y voient que de la douleur et de l'angoisse. Un homme, une femme, un enfant. Un couple en balade ? Mais monsieur garde une certaine distance avec madame ; il s'interdit de l'enlacer, de lui glisser des mots doux à l'oreille. Un frère, peut-être ? Ou le frère de son conjoint ? J'abandonne ma déduction et regarde le blondinet.

Lui aussi ne semble pas dans son assiette. Les remords lui rongent le visage et il se mord la lèvre en conséquence, entre deux phrases inaudibles. Ses lèvres articulent mais un concert d'acouphènes m'assourdit. Je fais mine de l'écouter. Dodeline de la tête. Contracte ma mâchoire, concentré sur ce qu'il croit me dire. Mais je n'ai pas besoin de mots pour comprendre le sens de son message. Il me hurle sa détresse, son impuissance, son inquiétude. Son regard se perd vers le volcan ; je comprends.

Puis il part à l'horizon. Sans se retourner. Une tension dans les épaules, les bras. Révoquant Wailord sur le chemin. Marchant d'un pas machinal, comme zombifié.

Est-ce que je suis capable d'y aller ? Probablement pas. Est-ce que je suis capable de le laisser mourir seul ? Encore moins. Et sur mon portable, toujours aucun signal. Je ne peux laisser aucun message d'adieu, aucun testament. Rien. Avec un peu de chance, dans un scénario bien moins en notre faveur, les secours retrouveront nos cadavres calcinés et devineront nos identités grâce à nos dents intactes.

Tic, tac, tic, tac...

Nathaniel est déjà loin. Cinquante mètres me séparent de sa tignasse blonde. Et Ectoplasma me dévisage, un sourcil haussé, les bras croisés, attendant ma réaction.

Maitre. Rester. ?.

La déclaration de Nathaniel se confirme. Il devait bel et bien me demander si j'étais capable de continuer, ou préférais rester auprès des victimes de randonnée.

Je secoue la tête. Serre le poing. Et avance vers le volcan.

C'est triste à dire, mais je me suis attaché à ce type. J'ai l'impression d'avoir été en binôme avec lui depuis dix bonnes années. Je ne peux l'abandonner.

Rejoindre. Vite.
Pyrax. Dangereux.
Ectoplasma. Voler.
Chasse.


Il va falloir que tu l'occupes pendant que Nathaniel le maitrise. Si je ne suis pas en état pour improviser, maudis-le. Je n'aime pas te demander ça, mais...

Comprendre.
Malédiction. OK.


Tu es le meilleur.

* * *

Les acouphènes n'ont cessé de me tourmenter sur le chemin. J'ai l'impression d'avoir été mutilé sur le champ de bataille, et d'encaisser maintenant les douleurs lancinantes d'un membre fantôme. Quand est-ce que cela se terminera ?

J'ai peur d'entendre la réponse.

Nathaniel s'arrête, à trente mètres. Je maintiens mon rythme et le rejoins, le spectre dissimulé dans mon ombre géante. La chaleur se lève devant moi comme un mur tangible, épais ; un rempart d'air chaud irrespirable pesant sur mes poumons. Mais je continue, les dents serrées, et ignore l'odeur de souffre agressant mes sinus.

Nathaniel, dis-je alors à cinq mètres. J'ai un plan.

Et aussitôt dit, aussitôt mon fantôme se dégage de mon ombre pour l'illustrer.

Ectoplasma va se sacrifier pour affaiblir le Pyrax. C'est notre meilleure carte.

Maitre. Sourd.
Ectoplasma. Interprète.


Je hoche la tête, confirme les mots d'Ectoplasma tracés depuis mon ombre.

Ça ne posera pas problème.

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