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Waltz for two | Solo
Waltz for two | Solo
Jeu 29 Sep 2016 - 21:10
Région d'origine : Unova
Messages : 197

Estelle Highwind

Estelle Highwind
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Du mouvement, quelque chose qui s'éloigne, un ressors qui grince. Je me sens seule, enlacée seulement par le souvenir d'un souffle contre ma nuque, d'un baiser perdu au milieu de ma chevelure. Je me retourne, aveugle, et je cherche de mes mains chaudes, brûlantes sur des draps de neige. Personne. Il n'y a que le tissu froissé, de petites montagnes comme des rigoles d'eau. Mes bras reviennent à moi d'eux-mêmes pour me réconforter, m'étreindre et me rassurer. Ma joue s'enfonce dans l'oreiller à la recherche d'une cachette ou, peut-être, d'un passage vers un autre monde, d'un souvenir où les draps n'étaient plus que nid de passion. Au lieu de cela, c'est le monde onirique qui me rattrape au vol, égoïste et jaloux. Je l'ai déserté depuis trop longtemps et, tel un amoureux transi, il exige réparation.

***

Des pieds nus qui courent sur le parquet chaud, abandonnant de petites silhouettes brumeuses entre deux noeuds de bois. L'air humide entre par les fenêtres pour demander une valse aux longs rideaux vaporeux. Un carré de lumière plus brûlant que les autres se découpe sur le chemin de la petite princesse. Une douce musique tient le silence en échec, effleurant chaque pièce du mobilier comme pour le narguer. Comme c'est dommage. Les chaises ont quatre pieds, mais ne pourront jamais danser. Les odeurs, elles, discutent et se mélangent. Il y a de la pomme, de la cannelle, un peu de sucre et de l'orange. J'ai soif. Je veux m'arrêter, mais ne peut pas. Dans mon dos, quelqu'un compte sans fléchir, battant la mesure avec un zèle malsain de contre-maître. J'ai mal, mes jambes souffrent et tirent et pleurent. Mes bras se tiennent haut, mais sont plus lourds que jamais et leur poids affaisse mes épaules. Mon dos cherche à s'arquer dans le mauvais sens, à me faire perdre l'équilibre. J'étouffe. Le monde tout autour est si beau, si coloré qu'il me rend aveugle. Le monde à l'intérieur est trop sec, il me coupe le souffle et me lance d'un côté à l'autre sans ménagement. Laissez-moi crier. Laissez-moi ouvrir la bouche grand comme la mer et m'échouer avec la force des vagues contre les rochers escarpés. Même ma sueur est trop épaisse pour moi, c'est mon corps qui fond comme de la cire. Et pourtant je danse, de un à huit. Je danse comme une poupée désarticulée, guidée par des fils trop serrés. Des liens qui creusent ma chair. Un. Ma cheville se tord. Deux. Mon genoux se fracasse au sol avec l'énergie de la révolte. Trois. Mes mains se lèvent au ciel, écartent les doigts, à la recherche d'une prise. Quatre. Mes yeux sont grand ouverts sous le chandelier. Cinq. Mon équilibre précaire se rompt, je suis instable. Six. Mon coude s'écrase, suivit de près par mon épaule. Sept. C'est le petit rebond. Huit. Ma tête, elle aussi, se fait plaquer contre le parquet bouillant.

Immobile, je veux rassembler les morceaux. Un petit tas de verre brisé qui se referme sur lui-même en position foetale. La beauté pure et éclatante est toujours là, mêlée aux ravages de la chute et à la morsure imminente des lignes tranchantes. Les sanglots ne tardent pas, eux aussi. J'ai échoué. Je n'ai pas tenu jusqu'à la fin. J'ai abandonné. J'ai perdu. La musique est morte, cédant sa place à des bruits de pas dans mon dos. Je n'ose pas me retourner, je ne veux pas voir ni entendre. La fuite jusqu'à la fin, la fuite à jamais. Les yeux clos, les mains plaqués sur le visage, je répète des mantras sans queue ni tête pour éloigner les monstres qui grattent le bois. J'appuie plus fort, je sens mes ongles qui s'enfoncent dans ma propre peau et je tremble. Un frisson qui me secoue, sursaut soudain de vie qui emplit ma poitrine d'air. Une main s'est posée contre mon bras et elle ne porte ni griffes ni serres. Une voix s'élève. Le son n'est pas fort, mais il n'a pas de saveur. Elle goûte comme du carton sur la langue.

Tu vas encore abandonner. Tu abandonnes toujours.


Ce n'est pas une question, mais pas vraiment une affirmation non plus et encore moins une hypothèse. C'est un secret. Une lettre écrite à la main, tâchée de larme et d'encre avant d'être abandonnée dans l'antre du feu. Je n'ai pas besoin de plus de précisions, je sais de quoi elle parle. Je secoue la tête de droite à gauche. Non. La danse c'était autre chose, la danse je n'en pouvais vraiment plus. J'ai vieilli, c'est tout. Les choses changent. Je n'avais plus envie de continuer, tout comme je n'avais plus envie de pleurer pour ma mère. Ça ne veut pas dire que je l'ai abandonnée, n'est-ce pas? J'ai quitté Unova, mais ça ne veut pas dire que j'y ai laissé toute une vie derrière moi. Ces amis que j'ai quitté, ils comprennent, ils ne m'en veulent pas. J'ai beau être lâche, ça ne veut rien dire. Je n'ose plus leur parler ou leur écrire, mais ça n'a aucun lien avec quoi que ce soit. Ça ne m'empêche pas de vouloir faire des efforts, de m'accrocher à ce qui me tient vraiment à coeur. Je suis partie avec Ren, je me suis ouvert à lui sur ce qui me tracassait et malgré les péripéties, les détours imposés par la vie, nous sommes heureux. Ce n'est pas parfait, ça ne pourrait pas l'être, mais c'est déjà bien plus que tout ce que je pourrais espérer. Je ne compte pas l'abandonner ou le délaisser ou quoi que ce soit du genre. Cette voix est une menteuse, elle se plait à me torturer simplement. C'est un cauchemar et rien d'autre.

Si c'est ce que tu as à dire, c'est que tu l'as déjà abandonné. Indigne.

***

J'émerge en me relevant, tirée vers le haut par mon coeur qui bondit hors de ma poitrine. Je lance la couverture loin de moins en coups de pieds paniqués, me débattant avec cet inconnu venu murmurer à mon oreille. Sauf qu'il n'y a personne, que je me bats avec le vent et les lueurs timides du matin. En nage, je retombe sur le matelas et ferme hermétiquement les paupières. Je dois respirer, retrouver mes repères. Ma tête flotte, se déplace avec le tanguement invisible du lit. Non, c'est simplement moi qui ai le vertige. Je ne dois pas tout confondre. La bouche pâteuse, j'humidife mes lèvres sèches et m'accroche à l'oreiller de Ren pour y chercher son odeur, son réconfort indirect. C'est là que je réalise l'évidence. Si je dois m'en remettre à cela, c'est que je suis seule. L'angoisse me pince, c'est dire. Je n'ai plus l'habitude d'être séparée de mon aimé, de m'en remettre à moi-même. Cet enchevêtrement de pensées me hausse le coeur et je prends la fuite. L'eau chaude me fera du bien. Il n'y a rien comme une douche pour faire fuir tout ce qui ne va pas. Mieux, il y a un bain dans cette chambre. Parfait, j'accepte le compromis sans mal.

Je me laisse couler jusqu'au menton et ferme les yeux, dérivant dans mon cocon de chaleur mousseuse. Ce rêve était définitivement bizarre. Tout va bien avec mon amoureux, preuve étant la nuit que nous avons passée, donc ça ne peut pas être ça. Y aurait-il autre chose? Pourquoi est-ce que je dansais? Sans doute une interrogation qui ne trouvera pas sa réponse. C'était un rêve, après tout. S'il y avait la moindre logique dans ces choses là, ça se saurait depuis longtemps. Pourtant, j'ai bien l'impression de passer à côté de quelque chose de fondamental. Abandonner quoi? Abandonner qui? Je devrais le savoir, ça sonne comme une évidence, mais c'est encore hors de ma portée. Je fini par sortir, me sécher et m'habiller. Mes doigts sont encore tout fripés, j'y suis probablement restée un peu trop longtemps. De retour dans la chambre, j'abandonne la serviette ayant servit à me sécher les cheveux contre le crochet le plus proche. Où ais-je mis ma brosse à cheveux encore? Ah, juste là sur la table de chevet, à côté de mes pokéballs.

...

C'est faux. À côté de ma pokéball. C'est celle de Kaa. Je le sais parce que j'en ai pris la décision consciente hier. J'ai décidé de garder la sphère de capture de Beast bien loin de nous, dans mon sac. Lui qui, habituellement, dormait toujours en chien de fusil, juste à côté de mon lit. Je lui ai fait passer la nuit dans mon sac parce que j'avais peur. J'ai arrêté de lui faire confiance. Ce que j'ai abandonné. Celui que j'ai abandonné. Je suis si pressée que j'enfile des pantoufles et l'une des vestes de Ren par dessus mon pyjama. Il est encore tôt de toute façon, je ne m'attends pas à croiser qui que ce soit. Je quitte notre petite auberge sans plus de considération, n'emportant avec moi que la pokéball de Beast, serrée dans ma main. Même mon portable a été abandonné, jeté sur le lit. Je vais avoir besoin d'un endroit calme et à l'écart, mais pas trop loin. Le Lac Latymer. C'est le moment de courir et tant pis pour les regards interloqués des rares citoyens de Méridian qui arpentent déjà les rues de si bon matin.

***


Le sable entre dans mes pantoufles, les alourdissant comme pas possible. J'aurais dû y penser à deux fois finalement, de vrais souliers ça n'aurait pas été de refus. Enfin, je n'ai pas non plus de temps à perdre avec ça. Comme je m'y attendais, il n'y a personne en vue de si bonne heure et je peux donc me diriger, seule, vers l'endroit un peu plus à l'écart où Ren et moi avions tenté de partager un pique-nique, partiellement cachés par des rochers. Il devrait y avoir assez d'espace pour ce que j'ai à faire ou, à tout le moins, j'ose l'espérer. Je prends une grande inspiration avant de finalement lancer la sphère pour libérer mon starter, mon camarade, mon premier véritable partenaire. Je ne m'étonne même pas de sa réaction, c'est tellement compréhensible. Il grogne, il hurle au ciel et me tourne le dos en brandissant sa lourde queue menaçante. Beast est devenu mauvais et c'est de ma faute. Je pense que Ren avait raison, j'ai commencé à le délaisser, à lui faire passer de plus en plus de temps dans sa pokéball en plus de me montrer de moins en moins autoritaire. Mon dragon a besoin de beaucoup d'attention, de se dépenser. Il a toujours été comme ça et le pire, c'est que je le sais très bien. Ça ne m'a pas empêchée de le traiter affreusement. Mes petits poings serrés, je baisse la tête. Je ne sais pas trop s'il me porte attention, s'il va accepter de m'écouter, mais j'ai besoin d'essayer. Je dois au moins le faire pour moi si je ne le fais pas pour lui.

- Beast! J'ai été une horrible dresseuse. Je suis tellement désolée!

Le Gabite se retourne vers moi avec un regard aussi agressif que curieux. Il hésite, mais sa grosse tête plate s'approche et sa gueule s'ouvre pour laisser apparaître une multitude de petits crocs pointus. Je ne flanche pas, je ne recule pas. Je n'ai pas de raison de le faire parce que je le comprends, parce que je sais qu'il souffre et que c'est pour ça qu'il est en colère. Dire que, deux jours plus tôt sur cette même plage, c'est justement moi qui m'emportait contre des braconniers qui osaient considérer un Lapras sauvage comme une simple propriété. Je ne suis pas si différente. Depuis que je suis avec Ren, qu'il répond à tous mes besoins affectifs et même plus, je me suis lentement désintéressée de mes Pokémons et, plus particulièrement, de mon starter. S'il voulait se venger maintenant, s'exprimer, je ne pense pas que je trouverais la force de l'en dissuader. Je l'ai trop mérité.

- Je n'aurais pas dû te laisser seul comme ça. Je... Je...

J'enfouis mon visage dans mes mains alors que des sanglots commencent à me traverser les épaules. Je ne sais même pas comment m'exprimer, je ne trouve plus les mots. La seule chose que j'arrive encore à me répéter en boucle, c'est que je ne suis vraiment pas si douée que ça. J'ai réussi à inquiéter mon petit ami plus souvent qu'autrement et je ne parviens même pas à donner à mon fidèle dragon tout l'affection dont il a besoin. En parlant de la bête, ce dernier s'est encore approché au point que je sens son souffle chaud soulever des mèches de mes cheveux. Il est tout près. S'il décidait de se venger maintenant... Mais non. Beast n'est pas comme ça, pas avec moi. Il a toujours été câlin, même s'il ne fait pas trop attention à sa force. Enfin, d'habitude le Gabite est comme ça, mais cette fois il hésite. La bête fait même un pas vers l'arrière, comme prêt à prendre la fuite. Non. Non! C'est moi qui bouge la première, qui cours vers lui et passe courageusement mes bras à son cou pour le serrer contre moi avec toute l'affection que je lui porte. Qu'importe comment il réagira, qu'importe s'il devait me mordre, je suis bien trop inquiète pour penser à tout ça.

- Beast, je t'aime toujours autant tu sais! Je ne voulais pas te rendre malheureux, je ne voulais pas que tu sois triste. Je sais à quel point c'est dur de se faire abandonner, je le sais! Si tu veux... Si tu veux partir, je ne te retiendrai pas, mais s'il-te-plait. Donne-moi une autre chance. Il s'est passé tellement de choses ces temps-ci, je... ce n'est pas une très bonne excuse, je sais, mais je fais des erreurs moi aussi. Je fais même des erreurs beaucoup plus souvent que beaucoup de monde, mais je t'aime quand même de tout mon coeur. Tu as toujours été là pour moi, pour me protéger ou juste pour me remonter le moral ou même pour m'accompagner dans mes aventures. Je n'ai pas envie que ça change... S'il-te-plaît, accepte de me donner une autre chance. Trouve la force de me pardonner parce que, aussi égoïste que ce soit, je ne veux vraiment pas te perdre!!

Je sens le cou du dragon s'allonger alors qu'il se frotte contre moi, qu'il me retourne son étreinte à sa façon. Est-ce que ça veut dire qu'il accepte, qu'il me pardonne? Est-ce que l'on va pouvoir redevenir comme avant? Non, pas comme avant. Je veux que l'on soit mieux. Je veux être digne de cette chance qu'il a accepté de me donner, de la maturité et de toute la gentillesse dont il a décidé de faire preuve en choisissant de rester. C'est presque contre sa nature et, pourtant, il est prêt à le faire pour moi. C'est un moment décisif pour lui, pour notre duo. C'est un moment d'évolution et je ne crois pas si bien dire. Lorsqu'une vive lumière fait son apparition, je recule d'un pas ou deux et lève les mains pour me protéger les yeux. Ne me dites pas...?! Et oui. Lorsque j'arrive à le voir de nouveau, Beast est plus grand et plus magnifique que jamais.

- Par Arceus, regarde-toi!! Beast! Tu as évolué?! Ça veut dire que tu restes n'est-ce pas? Pitié, dis-moi que tu restes!

C'est un grognement joyeux qui me répond alors que le dragon des sables vient se frotter contre moi au risque de me faire perdre l'équilibre et tomber sur notre petit coin de rive. Soulagée, j'allonge les bras et, instinctivement, il s'allonge à mes côtés pour se laisser chouchouter par mes caresses affectueuses, totalement docile. Après quelques minutes de ces gros câlins, je me cale contre lui, blottie contre son ventre chaud et protégée par sa longue queue dont il m'entoure délicatement. Apaisés l'un comme l'autre, c'est ainsi que nous nous endormons, isolés dans notre petit monde, bercés par les bruits du lac.

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